vendredi 8 avril 2022

" Sugar Man " réalisé par Malik Bendjelloul ( 2012 )





Sixto Diaz Rodriguez, connu sous son nom d'artiste Rodriguez, né le 10 juillet 1942 à Détroit dans le Michigan, est un auteur-compositeur-interprète, musicien de rock et de folk américain.


Sa carrière s'est limitée à la sortie de deux albums studio au début des années 1970, qui n'ont pas connu le succès, ainsi qu'à quelques brèves tournées. Ayant toujours mené une vie normale, il a souvent enchaîné les petits boulots pour faire vivre sa famille. 


Cependant, il est devenu très célèbre en Afrique du Sud à la fin des années 70 où ses albums avaient été piratés puis diffusés en masse. Au point de devenir l'un des artistes les plus appréciés des jeunes de la classe moyenne blanche. Censuré pour ses paroles contestataires évoquant les droits sociaux et la libération sexuelle, il a participé de fait à la montée du mouvement contre l'apartheid chez les Blancs.


Alors que le public sud-africain le croyait mort, deux fans originaires du Cap l'ont retrouvé grâce à Internet et ont organisé une série de concerts en Afrique du Sud en mars 1998, devant des milliers de personnes. Le film Sugar Man, qui raconte leur histoire, a obtenu l'Oscar du meilleur film documentaire en 2013 et a permis à Rodriguez de connaître la célébrité aux États-Unis et en Europe, où il réalise des tournées depuis 2013




samedi 2 avril 2022

L'amour existe par Maurice Pialat

 


                                   


« Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.


Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie », « Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».


Les cartes de géographie Vidal de Lablache éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout leur illusion au sein même de nos paysages pauvres.


Un regard encore pur peut lire sans amertume ici où le mâchefer la poussière et la rouille sont comme un affleurement des couches géologiques profondes.


Palais, Palace, Eden, Magic, Lux, Kursaal… La plus belle nuit de la semaine naissait le jeudi après-midi. Entassés au premier rang, les meilleures places, les garçons et les filles acquittent pour quelques sous un règne de deux heures.


Parce que les donjons des Grands Moulins de Pantin sont un « Burg » dessiné par Hugo, le verre commun entassé au bord du canal de l’Ourcq scintille mieux que les pierreries.


A quinze ans, ce n’est rien de dépasser à vélo un trotteur à l’entraînement. Le vent d’hiver coupait le polygone du Bois de Vincennes ; moins sévère que le vent de l’hiver à venir qui verrait les Panzers répéter sur le terrain.


Promenades, premiers flirts au bord de la Marne, ombres sombres et bals muets, pas de danse pour les filles, les guinguettes fermeraient leurs volets. Les baignades de la Marne, Eldorado d’hier, vieillies, muettes et rares dorment devant la boue.


Soudain les rues sont lentes et silencieuses. Où seront les guinguettes, les fritures de Suresnes ? Paris ne s’accordera plus aux airs d’accordéon.


La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. A Montreuil, le studio de Méliès est démoli. Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit


« La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie » chantait Piaf. La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie. L’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres.


Les châteaux de l’enfance s’éloignent, des adultes reviennent dans la cour de leur école, comme à la récréation, puis des trains les emportent.


La banlieue grandit pour se morceler en petits terrains. La grande banlieue est la terre élue du P’tit pavillon. C’est la folie des p’titesses. Ma p’tite maison, mon p’tit jardin, mon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille.


Vie passée à attendre la paye. Vie pesée en heures de travail. Vie riche en heures supplémentaires. Vie pensée en termes d’assistance, de sécurité, de retraite, d’assurance. Vivants qui achètent tout au prix de détail et qui se vendent, eux, au prix de gros.


On vit dans la cuisine, c’est la plus petite pièce. En dehors des festivités, la salle à manger n’ouvre ses portes qu’aux heures du ménage. C’est la plus grande pièce : on y garde précieusement les choses précieuses.


Vies dont le futur a déjà un passé et le présent un éternel goût d’attente.


Le pavillon de banlieue peut être une expression mineure du manque d’hospitalité et de générosité du Français. Menacé il disparaîtra.


Pour être sourde la lutte n’en est pas pour autant silencieuse. Les téméraires construisent jusqu’aux avants-postes.


L’agglomération parisienne est la plus pauvre du mon-de en espaces verts. Cependant la destruction systémati-que des parcs an-ciens n’est pas achevée. Massacre au gré des spéculations qui sert la mode de la ré-sidence de faux luxe, cautionnée par des arbres centenaires.


Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux.


Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir.


Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt.


Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduc-tion de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi.


Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?


Le bonheur sera décidé dans les bureaux d’études. La ceinture rouge sera peinte en rose. Qui répète aujourd’hui du peuple français qu’il est indiscipliné. Toute une classe conditionnée de copropriétaires est prête à la relève. Classe qui fait les bonnes élections. Culture en toc dans construction en toc. De plus en plus la publicité prévaut contre la réalité.


Ils existent à trois kilomètres des Champs-Élysées. Constructions légères de planches et de cartons goudronnés qui s’enflamment très facilement. Des ustensiles à pétrole servent à la cuisine et à l’éclairage.


Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions


Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions


Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport :75%


Déficit en jardin d’enfant : 99%


Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29


Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5%


Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%.


A la Faculté de lettres : 0,2%


Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0


La moitié de l’année, les heures de liberté sont dans la nuit. Mais tous les matins, c’est la hantise du retard.


Départ à la nuit noire. Course jusqu’à la station. Trajet aveugle et chaotique au sein d’une foule serrée et moite. Plongée dans le métro tiède. Interminable couloir de correspondance. Portillon automatique. Entassement dans les wagons surchargés. Second trajet en autobus. 


Le travail est une délivrance. Le soir, on remet ça : deux heures, trois heures, quatre heures de trajet chaque jour.


Cette eau grise ne remue que les matins et les soirs. Le gros de la troupe au front du travail, l’arrière tient. Le pays à ses heures de marée basse.


L’autobus, millionnaire en kilomètres, et le travailleur, millionnaire en geste de travail, se sont séparés une dernière fois, un soir, si discrètement qu’ils n’y ont pas pris garde.


D’un côté les vieux autobus à plate-forme n’ont pas le droit à la retraite, l’administration les revend, ils doivent recommencer une carrière.


De l’autre, les vieux travailleurs. Vieillesse qui doit, dans l’esprit de chaque salarié, indubitablement survenir. Vieillesse comme récompense, comme marché que chacun considère avoir passé. Ils ont payé pour ça. Payé pour être vieux. Le seul âge où l’on vous fout la paix. Mais quelle paix ? Le repos à neuf mille francs par mois. L’isolement dans les vieux quartiers. L’asile.


 Ils attendent l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance, l’heure où les bêtes rentrent. Collines gagnées par l’ombre. Aboiement des chiens. Odeur du bétail. Une voix connue très lointaine… Non. Ils pourraient tendre la main et palper la page du livre, le livre de leur première lecture.


Les squares n’ont pas remplacé les paysages de L’Ile de France qui venaient, hier encore, jusqu’à Paris, à la rencontre des peintres.


Le voyageur pressé ignore les banlieues. Ces rues plus offertes aux barricades qu’aux défilés gardent au plus secret des beautés impénétrables. Seul celui qui eût pu les dire se tait. Personne ne lui a appris à les lire. Enfant doué que l’adolescence trouve cloué et morne, définitivement. Il n’a pas fait bon de rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l’écart.


Des années et des années d’hôtels, de « garnis ». Des entassements à dix dans la même chambre. Des coups donnés, des coups reçus. Des oreilles fermées aux cris. Et la fin du travail à l’heure où ferment les musées. Aucune promotion, aucun plan, aucune dépense ne permettra la cautérisation. Il ne doit rien rester pour perpétrer la misère. La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments.


La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.


 


L'amour existe est un film français réalisé par Maurice Pialat et sorti en 1960.

Genre : 

Court métrage documentaire 

Récompenses et distinctions :

Prix Louis-Delluc 1960

Mostra de Venise 1961

Prix Louis Lumière 1961

dimanche 27 mars 2022

Paroles et traduction de la chanson «Born In The USA» par Bruce Springsteen




Born In The USA

(Né Aux Etats-Unis)


Born down in a dead man's town

Né dans une ville paumée

The first kick I took was when I hit the ground

J'ai reçu mon premier coup quand j'ai touché le sol

You end up like a dog that's been beat too much

On finit comme un chien trop battu

Till you spend half your life just covering up

Passant la moitié de sa vie à s'en remettre


(Chorus:)

Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis

I was born in the U.S.A.

Je suis né aux Etats-Unis

I was born in the U.S.A.

Je suis né aux Etats-Unis

Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis


Got in a little hometown jam

Foutu dans le pétrin à la ville

So they put a rifle in my hand

Ils m'ont mis un fusil dans les mains

Sent me off to a foreign land

M'ont envoyé dans un pays lointain

To go and kill the yellow man

Pour aller tuer l'homme jaune


Come back home to the refinery

De retour chez moi, à la raffinerie

Hiring man says Son if it was up to me

Le chef du personnel me dit Fils, si ça ne dépendait que de moi.

Went down to see my V.A. man

Ayant vu le secrétaire aux anciens combattants

He said Son, don't you understand now

Il m'a dit Fils, ne comprends-tu pas maintenant ?


I had a brother at Khe Sahn

J'avais un frère à Khe Sahn

Fighting off the Viet Cong

Qui combattait les Viet Cong

They're still there, he's all gone

Ils sont encore là, il a disparu

He had a woman he loved in Saigon

Il avait une femme qu'il aimait à Saigon

I got a picture of him in her arms now

J'ai encore une photo de lui dans ses bras


Down in the shadow of the penitentiary

A l'ombre du pénitencier

Out by the gas fires of the refinery

Près des torchères de la raffinerie

I'm ten years burning down the road

Ça fait 10 ans que je m'use sur la route

Nowhere to run ain't got nowhere to go

Nulle part où s'enfuir, nulle part où aller


Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis

I was born in the

 U.S.A.

Je suis né aux Etats-Unis

Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis


I'm a long gone Daddy in the U.S.A.

Je suis un papa parti depuis longtemps aux Etats-Unis


Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis

Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis

Born in the U.S.A.

Né aux Etats-Unis


I'm a cool rocking Daddy in the U.S.A. idem

Je suis un papa cool qui assure aux Etats-Unis


Born in the USA raconte le retour au pays d'un vétéran de la guerre du Viêt Nam et le rejet qu'il subit de la part de ses concitoyens. 

La chanson a été en partie un hommage à des amis de Springsteen qui avaient vécu la guerre du Viêt Nam et dont certains ne revinrent pas, notamment de Bart Haynes, batteur de son premier groupe The Castiles, mort au Vietnam en 1967.

 Springsteen, réformé 4F

 (victime à 19 ans d’un accident de moto, il en garde une jambe légèrement boiteuse, et ne passe pas les tests physiques, si bien qu'il est réformé du service militaire),

 il proteste aussi sur les difficultés des vétérans du Viêt Nam face à leur retour de la guerre.




mardi 22 mars 2022

Est-ce ainsi que les hommes vivent par Louis Aragon


Tout est affaire de décor

Changer de lit changer de corps

À quoi bon puisque c'est encore

Moi qui moi-même me trahis

Moi qui me traîne et m'éparpille


Et mon ombre se déshabille

Dans les bras semblables des filles

Où j'ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd

Le temps de rêver est bien court

Que faut-il faire de mes nuits

Que faut-il faire de mes jours

Je n'avais amour ni demeure

Nulle part où je vive ou meure

Je passais comme la rumeur

Je m'endormais comme le bruit.

C'était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d'épaule

La pièce était-elle ou non drôle

Moi si j'y tenais mal mon rôle


C'était de n'y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern

Entre La Sarre et les casernes

Comme les fleurs de la luzerne

Fleurissaient les seins de Lola

Elle avait un coeur d'hirondelle

Sur le canapé du bordel

Je venais m'allonger près d'elle

Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages

Il y volait des oies sauvages

Qui criaient la mort au passage

Au-dessus des maisons des quais

Je les voyais par la fenêtre

Leur chant triste entrait dans mon être

Et je croyais y reconnaître


Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche

Ses cheveux tombaient sur ses hanches

Et la semaine et le dimanche

Elle ouvrait à tous ses bras nus

Elle avait des yeux de faÏence

Elle travaillait avec vaillance

Pour un artilleur de Mayence

Qui n'en est jamais revenu.

Il est d'autres soldats en ville

Et la nuit montent les civils

Remets du rimmel à tes cils

Lola qui t'en iras bientôt

Encore un verre de liqueur

Ce fut en avril à cinq heures

Au petit jour que dans ton coeur


Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

Comme des soleils révolus




lundi 27 décembre 2021

Mauvaise foi, mauvaises nouvelles et Julian Assange

 


Ce Noël pourrait bien être le dernier que le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, passera hors des geôles américaines. Le 10 décembre, la Haute Cour britannique s’est prononcée en faveur de l’extradition d’Assange vers les États-Unis, où il sera poursuivi en vertu de l’Espionage Act pour avoir publié des informations véridiques. Il est clair pour moi que les accusations portées contre Assange sont à la fois sans fondement et dangereuses, dans une mesure inégale - sans fondement dans son cas personnel, et dangereuses pour nous tous. En cherchant à poursuivre Assange, le gouvernement américain prétend étendre sa souveraineté à la scène mondiale et tenir les éditeurs étrangers responsables des lois américaines sur le secret. Ce faisant, le gouvernement américain créera un précédent pour poursuivre toutes les organisations de presse du monde entier - tous les journalistes de tous les pays - qui s’appuient sur des documents classifiés pour rendre compte, par exemple, des crimes de guerre commis par les États-Unis, du programme de drones américain ou de toute autre activité gouvernementale, militaire ou de renseignement que le département d’État, la CIA ou la NSA préféreraient garder enfermés dans le secret, loin de la vue du public et même de la surveillance du Congrès.

Je suis d’accord avec mes amis (et avocats) de l’ACLU : l’inculpation d’Assange par le gouvernement américain revient à criminaliser le journalisme d’investigation. Et je suis d’accord avec une myriade d’amis (et d’avocats) dans le monde entier pour dire qu’au cœur de cette criminalisation se trouve un paradoxe cruel et inhabituel : à savoir, le fait que nombre des activités que le gouvernement américain préférerait étouffer sont perpétrées dans des pays étrangers, dont le journalisme devra désormais répondre devant le système judiciaire américain. Et le précédent établi ici sera exploité par toutes sortes de dirigeants autoritaires à travers le monde. Quelle sera la réponse du département d’État lorsque la République d’Iran demandera l’extradition des journalistes du New York Times pour avoir violé les lois iraniennes sur le secret ? Comment le Royaume-Uni réagira-t-il lorsque Viktor Orban ou Recep Erdogan demandera l’extradition de reporters du Guardian ? Le problème n’est pas que les États-Unis ou le Royaume-Uni se plieraient un jour à ces demandes - bien sûr qu’ils ne le feraient pas - mais qu’ils ne disposeraient d’aucune base de principe pour leurs refus.

Les États-Unis tentent de distinguer la conduite d’Assange de celle des journalistes plus traditionnels en la qualifiant de "conspiration". Mais qu’est-ce que cela signifie dans ce contexte ? S’agit-il d’encourager quelqu’un à découvrir des informations (ce que font tous les jours les rédacteurs qui travaillent pour les anciens partenaires de Wikileaks, le New York Times et le Guardian) ? Ou est-ce qu’il s’agit de donner à quelqu’un les outils et les techniques pour découvrir ces informations (ce qui, selon les outils et les techniques en question, peut aussi être considéré comme une partie typique du travail d’un rédacteur en chef) ? En vérité, tout le journalisme d’investigation en matière de sécurité nationale peut être considéré comme une conspiration : le but de l’entreprise est que les journalistes persuadent leurs sources de violer la loi dans l’intérêt public. Et le fait d’insister sur le fait qu’Assange n’est en quelque sorte "pas un journaliste" n’enlève rien à ce précédent, alors que les activités pour lesquelles il a été inculpé ne se distinguent pas des activités auxquelles se livrent régulièrement nos journalistes d’investigation les plus décorés.

Si vous avez suivi les mauvaises nouvelles de la semaine dernière, vous avez certainement rencontré une version de cette question : Assange est-il un X ou un journaliste ? Dans cette formule inepte, X peut être n’importe quoi : hacktiviste, terroriste, homme-lézard. Peu importe le substantif que vous y placez, car tout l’exercice est inutile.

Ce genre de questionnement sincère, crédule, suffisant et jubilatoire n’est que l’exemple le plus récent, juste à temps pour Noël, de mauvaise foi en chair et en os, présenté par des professionnels des médias qui ne sont jamais de plus mauvaise foi que lorsqu’ils parlent de - ou jugent - d’autres médias.

Obfuscation, rétention, manipulation du sens, déni du sens - ce ne sont là que quelques-unes des façons dont certains journalistes, et pas seulement des journalistes américains, ont conspiré, oui, conspiré pour condamner Assange in absentia, et, par extension, pour condamner leur propre profession - pour se condamner eux-mêmes. Ou peut-être ne devrais-je pas appeler les automates gélifiés de Fox ou Bill Maher des " journalistes ", car combien de fois ont-ils fait le dur travail de cultiver une source, de protéger l’identité d’une source, de communiquer en toute sécurité avec une source ou de stocker en toute sécurité les documents sensibles d’une source ? Toutes ces activités constituent l’âme du bon journalisme, et pourtant ce sont précisément ces activités que le gouvernement américain vient de chercher à redéfinir comme des actes de conspiration criminelle odieuse.

De créatures hypocrites, de mauvaise foi : les médias en sont pleins. Et un trop grand nombre d’entre eux se contentent d’accepter la décision du gouvernement américain selon laquelle ce qui est censé être l’objectif suprême des médias - la découverte de la vérité, face aux tentatives de la cacher - est soudainement remis en question et peut-être même illégal.

Ce frisson dans l’air en cette période de Noël ? Si l’on autorise la poursuite d’Assange, elle se transformera en gelée.

Couvrez-vous bien.

Edward Snowden

jeudi 28 octobre 2021

Deux des poèmes de Bonnie Parker : The Trail's End et " The Storie of Suicide Sal " .

 Le poème de Bonnie Parker trouvé après leur exécution dans une embuscade en 1934 : " La Fin du Sentier. "  

 
.


 

 Vous avez lu l'histoire de Jesse James

De comment il a vécu et est mort;

Si vous avez encore besoin

de quelque chose à lire,

voici l'histoire de Bonnie et Clyde. 


Maintenant, Bonnie et Clyde sont le gang de Barrow,

je suis sûr que vous avez tous lu

Comment ils volent et volent

Et ceux qui crient

sont généralement trouvés mourants ou morts.


Il y a beaucoup de contre-vérités dans ces articles;

Ils ne sont pas aussi impitoyables que cela;

Leur nature est brute;

Ils détestent toute la loi

Les pigeons de selles, les observateurs et les rats.


Ils les appellent des tueurs de sang-froid;

Ils disent qu'ils sont sans cœur et méchants;

Mais je dis cela avec fierté,

que j'ai connu Clyde une fois

quand il était honnête, droit et propre.


Mais les lois ont berné, ont

continué à l'abattre

Et à l'enfermer dans une cellule,

jusqu'à ce qu'il me dise:

" Je ne serai jamais libre,

alors je vais en rencontrer quelques-uns en enfer. "


La route était si faiblement éclairée;

Il n'y avait aucun panneau routier à guider;

Mais ils se sont décidés

Si toutes les routes étaient aveugles,

Ils n'abandonneraient pas avant de mourir.


La route devient de plus en plus sombre;

Parfois, vous pouvez à peine voir;

Mais c'est du combat, d'homme à homme,

et fais tout ce que tu peux,

car ils savent qu'ils ne pourront jamais être libres.


Du cœur brisé, certaines personnes ont souffert;

De lassitude, certaines personnes sont mortes;

Mais prends tout cela dans l'ensemble,

nos problèmes sont petits

jusqu'à ce que nous devenions comme Bonnie et Clyde.


Si un policier est tué à Dallas,

et qu'ils n'ont aucun indice ou guide;

S'ils ne trouvent pas de démon,

ils essuient juste leur ardoise

et la remettent à Bonnie et Clyde.


Il y a deux crimes commis en Amérique

non accrédités auprès de la foule de Barrow;

Ils n'avaient pas la main

dans la demande d'enlèvement,

ni dans le travail du dépôt de Kansas City.


Un vendeur de journaux a dit une fois à son copain;

" Je souhaite que le vieux Clyde se fasse sauter;

En ces temps terribles,

nous gagnerions quelques centimes

si cinq ou six flics se faisaient bousculer. "


La police n'a pas encore reçu le rapport,

mais Clyde m'a appelé aujourd'hui;

Il a dit: " Ne commencez pas de combats.

Nous ne travaillons pas la nuit.

Nous rejoignons la NRA. "


Le viaduc d'Irving à West Dallas

est connu sous le nom de Great Divide,

où les femmes sont parents,

et les hommes sont des hommes,

et ils ne «stooler» pas sur Bonnie et Clyde.


S'ils essaient d'agir comme des citoyens

Et leur louent un joli petit appartement,

Vers la troisième nuit

Ils sont invités à se battre

Par un rat-tat-tat d'un sous-pistolet.


Ils ne pensent pas qu'ils sont trop durs ou désespérés,

ils savent que la loi l'emporte toujours;

On leur a tiré dessus avant,

mais ils n'ignorent pas

que la mort est le salaire du péché.


Un jour, ils descendront ensemble;

Et ils les enterreront côte à côte;

Pour peu ce sera du chagrin

À la loi un soulagement

Mais c'est la mort pour Bonnie et Clyde.





"L'histoire de Suicide Sal" 

par Bonnie Parker


"J'ai quitté mon ancien domicile pour la ville
Pour jouer dans son tourbillon vertigineux fou,
Ne sachant pas combien peu de pitié
C'est valable pour une fille de la campagne. "

"Là je suis tombé pour la ligne d'un homme de main,
Un tueur professionnel de Chi;
Je ne pouvais pas m'empêcher de l'aimer à la folie;
Pour lui, même maintenant, je mourrais.
On m'a enseigné les voies du monde souterrain;
Jack était comme un dieu pour moi. "








mercredi 7 juillet 2021

« Bonne chance, Mister Assange ! » par Slavoj Zizek


 Ce 3 juillet, Julian Assange à fêté ses 50 ans seul, en cellule d’isolement, sans aucune condamnation, mais en attente d’extradition. Par une suprême ironie du sort, son anniversaire survient la veille du 4 juillet, célébré aux Etats-Unis comme le jour de l’Indépendance – c’est comme si le jour de naissance d’Assange était là pour nous rappeler les aspects sombres non seulement du « pays de la liberté » mais de la plupart des démocraties occidentales.

Lorsque le 24 mai dernier la Biélorussie a forcé un avion de Ryanair, qui devait se rendre d’Athènes à Vilnius, à atterrir à Minsk, pour mettre la main sur le dissident biélorusse Roman Protassevitch, cet acte de piraterie a rencontré une condamnation mondiale. Il ne faut pourtant pas oublier qu’il y a quelques années, l’Autriche a fait exactement la même chose – obliger un avion traversant son espace aérien à atterrir – avec l’avion du président bolivien Evo Morales ; et cela sur ordre des Etats-Unis qui soupçonnaient Edward Snowden d’y être à l’intérieur tentant de fuir la Russie pour se rendre en Amérique latine. (Le comble, c’est que Snowden n’était pas dans l’avion.)


La justice britannique maintient Julian Assange en détention


Symbole du côté obscur des démocraties occidentales


Contre son gré, Assange est devenu un symbole du côté obscur des démocraties occidentales, un symbole de notre lutte contre les nouvelles formes de surveillance et de contrôle numériques de nos vies qui sont bien plus efficaces que les anciennes formes « totalitaires ». De nombreux libéraux occidentaux soulignent qu’il existe des pays dans le monde qui exercent une oppression directe beaucoup plus brutale que le Royaume-Uni et les États-Unis – alors pourquoi un tel tollé à propos d’Assange ? C’est vrai, mais dans ces pays, l’oppression est affichée et évidente, alors que ce que nous observons aujourd’hui dans l’Occident libéral est une oppression qui laisse largement intact notre sentiment de liberté. Assange a mis en lumière ce paradoxe de la non-liberté vécue comme liberté.


C’est pourquoi tous les coups tordus ont été utilisés contre Assange. Des mesures oppressives sont prises contre ceux qui sont considérés comme dangereux pour l’establishment : rien qu’au Royaume-Uni, nous avons le MI6 qui vérifie discrètement le recrutement des agents de l’Etat et des organismes d’éducation, les syndicats sous surveillance policière secrète, un contrôle officieux des contenus publiés dans les médias ou diffusés par la télévision, des enfants mineurs de familles musulmanes qui subissent des interrogatoires pour liens supposés avec le terrorisme, jusqu’à des événements isolés comme l’emprisonnement illégal continu de Julian Assange…


 Cette forme de censure est bien pire que les « péchés » de la « cancel culture » – pourquoi donc la vigilance de la « culture woke » et du « politiquement correct » se concentre-t-elle sur les détails de nos expressions au lieu de dénoncer ces choses autrement plus énormes que nous venons de mentionner ?


Avant tout, un homme qui souffre depuis dix ans


Mais Assange n’est pas seulement un symbole, c’est une personne vivante qui a beaucoup souffert au cours de la dernière décennie. Le jour de l’Indépendance est généralement célébré avec des feux d’artifice, des défilés, des cérémonies et des réunions de famille… mais une famille ne sera pas réunie, celle d’Assange.


Selon une légende (et certainement pas plus que ça), les premiers mots prononcés par Neil Armstrong après avoir fait le premier pas sur la lune, le 20 juillet 1969, n’étaient pas ceux qui ont été officiellement rapportés « C’est un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité », mais cette remarque énigmatique, prononcée juste avant de rentrer dans la capsule : « Bonne chance, Mister Gorsky ! » Beaucoup de gens à la Nasa se sont imaginé qu’il s’agissait d’une remarque désinvolte concernant un cosmonaute soviétique rival.


 Mais, vérification faite, il n’y avait pas de Gorsky dans les programmes spatiaux russes ou américains. Il fallut attendre le 5 juillet 1995 pour que, répondant à des questions à la suite d’un discours, Armstrong explique l’énigme : en 1938, quand il était enfant, dans une petite ville du Midwest, il jouait au baseball avec un ami dans l’arrière-cour. Son ami a frappé la balle, qui a atterri dans la cour de ses voisins près de la fenêtre de leur chambre. Ses voisins étaient M. et Mme Gorsky. Alors qu’il s’était penché pour ramasser la balle, le jeune Armstrong a entendu Mme Gorsky crier à M. Gorsky : « Du sexe ! Tu veux du sexe ? ! … Tu auras du sexe quand le gamin d’à côté marchera sur la lune ! » C’est ce qui s’est littéralement passé trente et un ans plus tard…


Du mort-vivant au héros de notre temps


En entendant cette anecdote, j’ai imaginé une version avec Julian Assange. Voici ce que pourrait être la scène : lors d’une visite en prison de sa compagne, Stella Morris, et alors qu’ils se retrouvent séparés par l’habituelle épaisse cloison de verre, Julian Assange se prend à rêver d’un contact intime avec elle, et elle lui répond : « Du sexe ! Tu veux du sexe ? ! … Tu auras du sexe quand tu marcheras librement dans les rues de New York, célébré comme un héros de notre temps ! » – une perspective non moins utopique que d’imaginer en 1938 qu’un humain marcherait sur la lune. C’est pourquoi nous devons mettre toute notre énergie à atteindre cet objectif, avec l’espoir que, d’ici trente et un ans, nous pourrons dire en toute sincérité :


 « Bonne chance, M. Assange ! »


En accord avec le titre de la chanson des Rolling Stones (« Time is on my side »), ceux qui sont au pouvoir présument que le temps joue pour eux – ils n’auraient qu’à continuer à maintenir Assange dans ce statut de mort-vivant pour que nous finissions par l’oublier. Il est de notre devoir de leur prouver qu’ils ont tort.


https://www.nouvelobs.com/idees/20210702.OBS46032/bonne-chance-mister-assange-par-slavoj-zizek.html


Slavoj Žižek :


Né en 1949 à Ljubljana, Slavoj Žižek est l’un des philosophes les plus influents de la gauche radicale. Inspiré par Hegel, Marx et Lacan, il est l’auteur d’une œuvre prolifique importante. 

Il a récemment publié, chez Actes Sud :

« Dans la tempête virale », traduit de l’anglais par Frédéric Joly, 

et dont l’intégralité des droits d’auteur sera reversée à Médecins Sans Frontières.

Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ?

L'optimiste pense que l'on vit dans le meilleur des mondes possibles.
Le pessimiste pense que malheureusement c'est vrai.