jeudi 8 avril 2010

" Les mécanismes et la chronologie de la fraude de Jérôme K. "


Comment une banque peut-elle laisser un trader engager 50 milliards d’euros à lui tout seul et perdre 5 milliards d’euros? Comment peut-elle laisser passer des opérations fictives? Des faux mails? Comment imaginer que des alertes précises formulées par l’autorité de tutelle aient été mises de côté? Comment croire que l’inspection interne soit à ce point inopérante? Bref, ils ne croient pas à l’histoire du trader solitaire. Pour établir la responsabilité des dirigeants et des administrateurs, les avocats des actionnaires américains regroupés dans la plainte collective, n’ont pas eu a se fatiguer pour faire sortir la poussière de dessous le tapis, ils ont fait une compile adroite de différents rapports accablants et parfois surréaliste ou dadaïste, comme on voudra. ( … )

Les administrateurs-enquêteurs ont repris le constat minutieux de l’Inspection interne de la banque qui a recensé 75 alertes internes, émises entre décembre 2006 et 2008! 75 alertes pour… rien. Des faux mails à sept reprises, une opération réalisée le samedi en mai 2007, des écarts incompréhensibles qui peuvent dépasser le milliard d’euros (mai 2007), des commissions astronomiques (1,2 million d’euros le 7 décembre 2007), des opérations dont le montant paraît irréel: 7 milliards d’euros. Vous n’y croyez pas? Nous non plus. C’est pourtant écrit noir sur blanc dans le rapport de l’inspection interne. “Juillet 07 / Agent 29 : deux opérations sont bookées avec des contreparties fictives (PRE HEDGE et PRO EXCEPT) pour un nominal de 7 GEUR.” 7 GEUR pour 7 milliards d’euros. Le contrôle intervient demande des explications mais ce contente de peu : “Procédures [de contrôle] respectées mais pas d’initiatives prises pour s’assurer la véracité des affirmations de JK [Jérôme Kerviel]et des corrections qu’il a suggérées, même lorsque celle-ci manque de vraisemblance. Lorsque la hiérarchie a été prévenue, elle n’a pas réagi”. ( … )
Slate.fr

Illustration n°1 : L’activité de JK.

Les warrants turbo.
─ Principe : SG vend des warrants à barrière désactivante à ses clients (majoritairement des calls, ie des options d’achat offerte au client) et se couvre en achetant le sous-jacent en question.
─ Stratégie : les turbos long sont des calls down and out, ie des options d’achat désactivables à la baisse du cours du spot (permet au client de parier à la hausse du sous-jacent) tandis que les turbo short sont des puts in and out, ie des options de vente désactivables à la hausse du cours du spot (permet au client de spéculer à la baisse).
L’achat du sous-jacent est réalisé par la SG, ce qui permet au client de bénéficier d’un effet de levier (car n’achète pas l’actif). Le client ne paye en effet que la différence entre le spot et le strike, la SG finançant le reste.
─ Sous-jacents utilisés : actions (single stock), paniers d’actions (plus rare), ETF (exposition sectorielle et/ou géographique), des indices, bund (emprunt d’État allemand), devises.
─ Maturité : sans échéance (open end turbo), maturité fixée à l’émission du warrant (close end turbo), maturité 1 jour
(turbo jour, proposé par ClickOptions).
─ Prix : (i) Close End turbo : Prix = spot – strike + marge de financement ((interêt + marge SG) x Nomnial) – 90 % dividends to maturity; (ii) Open End Turbo : Prix = spot – strike (mais le niveau du strike est ajusté de la marge de financement au cours de la vie du produit et tous les 15 jours, la barrière est également réajustée d’environ 5 % pour conserver une zone de sécurité relativement constante) ; (iii) Turbo Jour : Prix = spot – strike + premium (le premium ou gap de 8/10 bps compense l’absence de zone de sécurité entre la Barrière et le Strike). En effet, le Strike est égal à la Barrière sur ces Turbos.
─ Cours pris en compte et période de constatation en cas de knock-out : En cas de knock out, SG revend la couverture et
rend au client la différence entre le strike et le niveau suivant :
─ Source de rémunération de SG : marge sur le financement (coût refacturé au client, majoré d’une marge), marge sur
dividendes (SG perçoit 100% des dividendes sur les sous-jacents, mais ne reverse que 90 % au client) ; gain potentiel sur débouclage du hedge (lorsque que le turbo est « knocké », ie le cours du sous-jacent touche la barrière, le Turbo est désactivé et le trader se retrouve temporairement en position sur sa couverture) ; spread de market making (le bid/offer proposé au client est supérieur au spread que le desk traverse lorsqu’il passe son hedge).

Rapport d' étape


( ..; )Le 8 janvier, le rideau va tomber 10 jours plus tard, Une femme chargée du contrôle des opérations de Delta one, désignée comme l’Agent 3 demande des explications et obtient la réponse suivante : «ça matérialise des give up de futs faits tardivement, je dois de l’argent à la contrepartie. On va le rebooker asap.» Vous n’y comprenez rien? L’Agent 3 non plus. «Elle a avoué en entretien n’avoir pas compris l’explication», note les inspecteurs de la Société Générale. ( … )

Slate.fr

Le témoignage d’une commandante de police fait exploser le dossier Kerviel

Alors qu’elle était convaincue de la culpabilité de Jérôme Kerviel en 2008, Nathalie Le Roy a commencé à avoir des interrogations, puis des certitudes, quand elle a repris l’enquête en 2012. « À l’occasion des différentes auditions et des différents documents que j’ai pu avoir entre les mains, j’ai eu le sentiment puis la certitude que la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne pouvait ignorer les positions prises par ce dernier », assure-t-elle devant le juge. (…)

« Consignes générales : restituer les faits négatifs en recherchant leur portée, en les remettant dans leur contexte, en les noyant dans les faits positifs, en utilisant la complexité technique », recommandait la Société générale à ses salariés dans un autre dossier, celui du Sentier. Ce procédé est largement utilisé dans l’enquête sur Kerviel. Les témoignages sont noyés dans la technique et le jargon. Les personnes interrogées y parlent beaucoup de positions « short » et « long », de « put » et de « call », de warrants et d’opérations pending, de système Eliot et d’opérations sur Click options. 
Mais elles se gardent bien d’indiquer les carrefours importants des opérations financières, d’évoquer les appels de marge ou les effets des positions sur la trésorerie quotidienne, de faire allusion au système Zantaz logé aux États-Unis qui conserve tous les mails, ou même de la chambre de compensation Eurex. Bref, de tout ce qui peut permettre de retracer les mouvements et les contreparties des opérations réalisées par Jérôme Kerviel. (…)
Celle-ci a en particulier détaillé devant le juge le témoignage de Florent Gras, un ancien salarié de la Société générale. « Il m’a tout de suite dit que l’activité de Jérôme Kerviel était connue, qu’il avait lui-même alerté madame Claire Dumas, qui était dans sa ligne hiérarchique. Il m’a dit avoir envoyé à cette dernière et à d’autres un mail avec une tête de mort pour attirer leur attention », déclare-t-elle. L’avertissement aurait été lancé en avril 2007, soit plus de neuf mois avant le scandale.
« J’avais demandé à la Société générale l’extraction des mails de Florent Gras et le mail en question n’y figurait pas. D’où la réquisition judiciaire du 10 octobre 2012 adressée à M. Oudea (PDG de la Société générale) pour obtenir l’extraction de la messagerie de madame Dumas, ciblée avec ses échanges avec Florent Gras et qui est restée lettre morte », poursuit-elle.
La Société générale n’a pas répondu à cette réquisition de la brigade financière. Comme elle n’a pas répondu à la réquisition pour obtenir les boîtes mails de certains supérieurs hiérarchiques, comme elle n’a pas répondu à d’autres demandes. (…)

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