lundi 4 mai 2009

"Le royaume enchanté de Tony Blair". . . . . . . . par Philippe Auclair


La grammaire bancale, les accrétions terminologiques arbitraires, les néologismes déroutants du New Labour ne servent pas seulement à dissimuler la vacuité ou le non-dit menaçant du propos, mais aussi et surtout à définir un espace linguistique dans lequel on ne peut se déplacer, et donc interroger, qu'en acceptant la validité d'un langage débarrassé de sa chair et de son sang.

Mais cette langue, si absconse qu'elle paraisse, charrie un sens ; elle enfile les mots d'ordre comme des boules de buis sur un chapelet. « Objectifs », « progrès », « modernisation » – rien qu'à aligner ces trois mots, je crois entendre le timbre du Premier Ministre les énonçant depuis son perchoir à la conférence annuelle du Parti travailliste, laissant quelques secondes pleines de sens s'écouler entre chacun d'eux. Cette langue est un mot d'ordre en ce qu'elle ne détermine pas seulement le lieu d'où l'on parle, mais aussi celui d'où l'on écoute. Son pouvoir aliénant est tel que quiconque questionne ses assertions et leurs substrats se retrouve, de bon ou de mauvais gré, et le plus souvent sans en avoir conscience, contraint d'emprunter sa logique tortueuse, ses euphémismes et ses scénarios mensongers. (...)

Au 1er janvier 2006, on dénombrait 1 530 000 sans-emploi au Royaume-Uni. Pour 2,7 millions de « malades » — 1,6 million d'hommes et 1,11 million de femmes qui ne pouvaient être pris en compte dans les statistiques du chômage par la grâce d'un certificat médical. On aura peut-être du mal à mesurer l'énormité de ces chiffres si on ne les met pas en rapport avec ce qu'ils étaient dans un passé pas si lointain, et avec ceux que l'on relève ailleurs en Europe. Le nombre de ces « malades » incapables de travailler n'atteignait pas 600 000 en 1981. Vingt-cinq ans plus tard, il avait donc été multiplié par près de quatre!(...)
Le miracle blairien, c'est aussi cela : un enfant sur trois qui vit en dessous du seuil de pauvreté. Un enfant sur cinq qui mange moins de trois repas par jour.(...)

Quatre des catastrophes ferroviaires les plus meurtrières de l'après-guerre (...) étaient directement ou indirectement
imputables à la « rationalisation » du réseau et de son fonctionnement, au vieillissement de son infrastructure, aux licenciements massifs qui avaient suivi la privatisation, à une culture d'entreprise dans laquelle l'échange gratuit d'informations entre spécialistes – modus operandi entre les différents services de British Rail – était interdit au nom de la « confidentialité commerciale ».(...)

Le syndicat des cheminots britanniques (RMT) a établi que, dans les dix années qui ont suivi la privatisation (1993-2003), les opérateurs de trains de passagers ont dégagé un bénéfice cumulé de 1,46 milliard d'euros. Ils n'ont pu le faire que parce que, dans le même temps, les subsides affluaient de la part des contribuables : 2,9 milliards d'euros pour la seule période 2003-2004.(...)Les trains britanniques sont aujourd'hui les plus chers d'Europe ; sur certaines lignes, ils sont même les plus chers dumonde.(...)

Cette logique délirante dans laquelle infuse le New Labour n'est pas moins folle que celle des planificateurs soviétiques. C'est elle qui convainc quelques décideurs que payer 1,77 milliard d'euros à un investisseur privé pour un hôpital qui n'a coûté que 232 millions d'euros à construire, c'est, ma foi, une excellente affaire(...)

"Le royaume enchanté de Tony Blair" ( PDF )

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