jeudi 28 mai 2009

"Mon testament " par Mr le curé Jean Meslier ( 1729 )


"Il serait juste que les grands de la terre et que tous les nobles fussent pendus et étranglés avec les boyaux de prêtres. Cette expression ne doit pas manquer de paraître assez rude et grossière, mais il faut avouer qu'elle est franche et naïve. Elle est courte, mais elle exprime assez, en peu de mots, tout ce que ces sortes de gens-là méritent.(...)

"Il n'y a que la barbarie la plus sauvage, il n'y a que la plus insigne fourberie, il n'y a que l'ambition la plus aveugle qui ait pu faire imaginer le dogme de l'éternité des peines. S'il existait un Dieu que l'on peut offenser ou blasphémer, il n'y aurait pas sur la terre de plus grands blasphémateurs, que ceux qui osent dire que ce Dieu est un tyran assez pervers pour se complaire pendant l'éternité aux tourments inutiles de ses faibles créatures."(...)

« C’est comme si on disait qu’un Dieu infiniment sage et infiniment bon se serait offensé contre les hommes et qu’il se serait rigoureusement irrité contre eux pour un rien (croquer dans un fruit) et pour une bagatelle, et qu’il se serait miséricordieusement apaisé et réconcilié avec eux par le plus grand de tous les crimes ? Par un horrible déicide qu’ils auraient commis, en crucifiant et en faisant cruellement et honteusement mourir son cher et divin fils ? »(...)

D'ailleurs combien les auteurs que l'on nomme profanes, Xénophon, Platon, Cicéron, l'Empereur Antonin, l'Empereur Julien, Virgile etc. sont-ils au-dessus de ces Livres qu'on nous dit inspirés de Dieu! Je crois pouvoir dire que quand il n'y aurait, par exemple, que les fables d'Esope, elles sont certainement beaucoup plus ingénieuses et plus instructives que ne le sont toutes ces grossières et basses paraboles, qui sont rapportées dans les Evangiles.(...)

« S’il y avait véritablement quelque divinité ou quelque être infiniment parfait, qui voulut se faire aimer, et se faire adorer des hommes, il serait de la raison et de la justice et même du devoir de ce prétendu être infiniment parfait, de se faire manifestement, ou du moins suffisamment connaître de tous ceux et celles dont il voudrait être aimé, adoré et servi. »

"Il n'y a rien de si abject, de si pauvre, de si méprisé que les paysans de France: ils sont les esclaves des grand et des nobles, sans compter ce que les ecclésiastiques exigent injustement de ces pauvres malheureux."
"On a bien raison de comparer ces gens-là à des vermines, car ils ne font que tourmenter, ronger et manger le pauvre peuple. La religion se fait leur complice. Elle menace les ignorants du diable, comme si les diables pouvaient être plus hideux que tous les beaux messieurs, grands et nobles, que toutes les belles demoiselles, parées, frisées et poudrées, qui sont les plus grands ennemis du peuple et lui font tant de mal."(...)

A quoi sert qu'ils se déguisent sous tent de diverses et ridicules formes d'habits, qu'ils s'enferment dans des cloîtres, qu'ils marchent pieds nus, qu'ils se donnent la discipline, qu'ils aillent à certaines heures du jour ou de la nuit chanter psaumes et cantiques? Les oiseaux sauvages chantent et ramassent assez dans les champs et dans les bois. Les peuples n'ont que faire de nourrir tant de gens pour ne faire que chanter dans les temples."(...)

" Si les hommes possédaient et jouissaient également en commun des richesses, des biens et de commodités de la vie, s'ils s'occupaient unanimement tous à quelque honnête et utile travail, ils vivraient tous heureux et contents, car la terre produit assez abondamment pour les nourrir et les entretenir; personne ne serait en peine ni pour soi, ni pour ses enfants de savoir où il logerait, peronne n'aurait à se tuer soi-même par des excès de fatigue et de travail."(...)

"Sur quelles bases ont-ils fondé cette prétendue certitude de l'existence d'un Dieu? Sur la beauté, l'ordre, sur les perfections des ouvrages de la nature? Mais pourquoi aller chercher un Dieu invisible et inconnu pour créateur des êtres et des choses, alors que les êtres et les choses existent et que, par conséquent, il est bien plus simple d'attribuer la force créatrice, organisatrice, à ce que nous voyons, à ce que nous touchons, c'est à dire à la matière elle-même? Toutes les qualités et puissances qu'on attribue à un Dieu placé en dehors de la nature, pourquoi ne pas les attribuer à la nature même qui est éternelle?"
"Rien ne se crée. Rien ne se perd. Le temps ni l'espace n'ont été créés: car si un être avaoit créé le temps, il eût fallu qu'il fût hors du temps et rien ne peut être hors du temps. Pour créer l'espace, il eût fallu qu'il fût hors de l'espace, et rien ne peut être hors de l'espace. Enfin pour créer la matière, il eût fallu qu'il fût hors de la matière et rien ne peut être hors la matière."
"Le monde est un mélange confus de bien et mal; il s'ensuit évidemment qu'il n'a pas été créé par un être infiniment parfait, et, par conséquent, il n'y a pas de Dieu."(...)

Ah! l'autre vie! l'âme immortelle! Est-ce que nous ne sentons pas, intérieurement et extérieurement par nous-mêmes, que nous ne sommes que matière, et que nos pensées les plus spirituelles ne sont que de la matière de notre cerveau, qu'elles sont le résultat de sa constitution matérielle et que ce que nous appelons notre âme n'est en réalité qu'une portion de la matière, la plus délicate et la plus subtile?"
"L'âme n'est ni spirituelle ni immortelle. Elle est matérielle et mortelle aussi bien que le corps. Il n'y a donc point de récompense à espérer ni de châtiments à craindre après cette vie. Il n'y a point de bonté souveraine pour récompenser les justes et les innocents, point de justice souveraine pour punir les méchants. Il n'y a point de Dieu."

"Mais il y a l'homme, il y a la terre, il y a la vie, il y a le sentiment de l'équilibre et de la justice, et c'est sur cette terre qui lui appartient, dans cette vie qui est sienne, que l'homme doit réaliser la justice, le bonheur, la solidarité et la fraternité universelles. Ce n'est pas en Dieu que l'homme doit chercher la puissance, la bonté, la perfection, c'est en lui-même: par l'instruction il deviendra savant, c'est à dire puissant; par l'éducation, il se fera juste, c'est à dire bon; par l'aide mutuelle et la solidarité, il réalisera sur la planète qui est son domaine la perfection possible. Il faut avoir le courage de rejeter toutes les idées préconçues et surtout d'effacer ce préjugé de la perfection des choses actuelles, comme ayant été créées définitivement par l'ordre d'un Dieu. Tout est en mouvement, tout se transforme, tout progresse."

Jean Meslier

UQAC

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