mardi 10 mai 2022

La Ravachole par Sébastien Faure

 

 



La Ravachole 




Dans la grand’ville de Paris

Dans la grand’ville de Paris

Il y a des bourgeois bien nourris

Il y a des bourgeois bien nourris

Il y a les miséreux

Qui ont le ventre creux :

Ceux-là ont les dents longues,

Vive le son, vive le son,

Ceux-là ont les dents longues,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Dansons la Ravachole,

Vive le son, vive le son,

Dansons la Ravachole,

Vive le son

D’l’explosion !

Ah, ça ira, ça ira, ça ira,

Tous les bourgeois goût’ront d’la bombe,

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,

Tous les bourgeois on les saut’ra...

On les saut’ra !


Il y a les magistrats vendus,

Il y a les magistrats vendus,

Il y a les financiers ventrus,

Il y a les financiers ventrus,

il y a les argousins.

Mais pour tous ces coquins

Il y a d’la dynamite,

Vive le son, vive le son,

Il y a d’la dynamite,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Il y a les sénateurs gâteux,

Il y a les sénateurs gâteux,

Il y a les députés véreux,

Il y a les députés véreux,

Il y a les généraux,

Assassins et bourreaux,

Bouchers en uniforme,

Vive le son, vive le son,

Bouchers en uniforme,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Il y a les hôtels des richards,

Il y a les hôtels des richards,

Tandis que les pauvres déchards,

Tandis que les pauvres déchards,

À demi morts de froid

Et soufflant dans leurs doigts,

Refilent la comète,

Vive le son, vive le son,

Refilent la comète,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Ah, nom de dieu, faut en finir !

Ah, nom de dieu, faut en finir !

Assez longtemps geindre et souffrir !

Assez longtemps geindre et souffrir !

Pas de guerre à moitié !

Plus de lâche pitié !

Mort à la bourgeoisie,

Vive le son, vive le son,

Mort à la bourgeoisie,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain




lundi 2 mai 2022

« Il n’y aura pas d’effondrement global mais des effondrements sociaux et localisés » par Jørgen Randers

 

 




« Il n’y aura pas d’effondrement global mais des effondrements sociaux et localisés »

Cinquante ans après sa publication, le rapport Meadows sur les limites à la croissance démontre chaque jour son actualité. Entretien avec l’un de ses co-auteurs, Jørgen Randers, aujourd’hui âgé de 76 ans.

Chez les spécialistes chevronnés comme chez les néo-convertis, l’ouvrage fait figure de référence. Cinquante ans après sa publication, le rapport sur les limites à la croissance commandé au trio de chercheurs Dennis Meadows, Donella Meadows et Jørgen Randers par le Club de Rome continue de faire parler de lui. Que ce soit dans la bouche de politiques, d’artistes ou d’activistes, qui s’empressent désormais de le citer à chaque fois qu’ils le peuvent pour alerter sur la saturation des limites planétaires. Et pour cause : en 1972, The Limits to Growth établissait pour la toute première fois les conséquences dramatiques d’une croissance exponentielle dans un monde fini. Épuisement des ressources, crise pétrolière, pénuries en série… Un demi-siècle plus tard, c’est peu de dire que le sujet ne manque pas d’actualité. À l’occasion de la publication récente d’une nouvelle version de ce best-seller aux éditions Rue de l’Echiquier, nous avons pu discuter longuement avec l’un de ses co-auteurs, Jørgen Randers, aujourd’hui âgé de 76 ans et professeur de stratégie climatique au sein de la BI Norwegian Business School d’Oslo, en Norvège. Il était venu présenter son travail à l’occasion d’une Masterclass organisée par La Recyclerie, à Paris, le 20 avril dernier. Entretien.

Usbek & Rica : L’humanité a-t-elle appris quelque chose de votre rapport, cinquante ans après sa publication ?

Jørgen Randers : C’est une très bonne question, à laquelle il me paraît difficile de donner une réponse avisée. Très clairement, depuis la publication de notre rapport, l’humanité s’est aperçue que le monde était beaucoup plus petit qu’elle ne le croyait. À l’époque, l’idée selon laquelle la puissance de nos activités en tant qu’espèce a une influence sur les écosystèmes globaux n’était pas très répandue. De ce point de vue, on peut dire qu’il y a eu du progrès. Ce changement de perspective a eu un certain impact sur nos sociétés, car nous disposons désormais d’institutions dédiées – les ministères de l’Environnement, le GIEC, le Programme des Nations unies pour l’environnement… – qui n’existaient pas il y a 50 ans. 

Mais est-ce que notre travail a entraîné des changements concrets dans la vie quotidienne des gens, des électeurs, des travailleurs ordinaires ? C’est déprimant de le constater, mais je crois que non. Nous avons réussi à toucher 5 % des Occidentaux, pas plus. Les pays du Sud, eux, n’avaient de toute façon rien à tirer de notre travail, puisque celui-ci démontre que le problème vient des pays riches. Leur préoccupation prioritaire est d’éradiquer la pauvreté, et c’est très bien ainsi. Bref, je suis un homme déprimé qui garde le sourire. Avec mes collègues, nous avons passé toutes ces années à essayer de faire comprendre le problème aux citoyens des pays développés… Mais de toute évidence, ça n’a pas fonctionné.

Regrettez-vous que les discours politiques actuels se focalisent aujourd’hui sur « la lutte contre le dérèglement climatique » et non sur la lutte contre l’objectif de croissance ? 

Il y a toujours eu une différence énorme entre le contenu de notre rapport et le débat public qui l’a entouré. Notre livre démontre la chose suivante : dans la mesure où nous vivons sur une planète aux ressources finies, la croissance infinie de notre empreinte environnementale est impossible. Nous ne pourrons pas faire croître éternellement ni la population, ni l’usage des ressources naturelles, ni les émissions de CO2, ni l’exploitation des terres. Notre empreinte globale doit être réduite. En revanche, nous ne disons en aucun cas que les activités économiques doivent s’arrêter. Le PIB est mesuré en dollars, pas en tonnes d’émissions de CO2 : théoriquement, le PIB peut donc croître tant que ces deux courbes restent découplées. Le problème, c’est que cette distinction a très vite disparu au profit d’une discussion totalement désespérante sur le « développement durable ». 

Aujourd’hui, le seul message que j’essaye de faire passer, c’est qu’il faut absolument arrêter les énergies fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz. Pour moi, c’est le cœur du problème. Si nous stoppons l’exploitation de ces énergies, 70 à 80 % des émissions de gaz à effet de serre disparaîtront. Le climat pourra être stabilisé, et l’effondrement de la biodiversité sera enrayé. D’autres, comme ma collègue Donella Meadows, ont tenté d’élargir les enjeux en avançant l’idée que le culte de la productivité, les hauts niveaux de consommation et d’énergie – bref, les modes de vie industriels – constituent la véritable origine du problème. Cela a été une erreur, car c’est à partir de là qu’ont commencé tous les débats « développement durable contre décroissance ». Résultat, depuis les années 1980, le sujet de la sortie des énergies fossiles a été complètement occulté. Dans la tête des gens, tout s’est embrouillé. On a confondu les limites à la croissance et l’industrialisation de l’économie moderne.

En 1972, vous aviez élaboré dix scénarios dessinant différentes évolutions possibles de cinq paramètres (industrialisation, croissance de la population, alimentation, épuisement des ressources naturelles et dégradation de l’environnement). L’idée était d’identifier des seuils au-delà desquels ces variables pourraient s’effondrer. Aujourd’hui, lequel de ces scénarios l’humanité est-elle en train de suivre ?

En 1998, le chercheur Graham Turner a été le premier à évaluer la pertinence de nos scénarios – qui étaient bien des scénarios et non des prédictions, je le rappelle. Tous se sont avérés valables, car tous suivaient des courbes plus ou moins identiques jusqu’en 2020 environ. C’est à partir de cette date que les écarts se creusent selon les chemins envisagés. À l’époque, on ne pouvait donc pas vraiment en savoir plus. Plus récemment, en 2020, la consultante tout juste sortie de Harvard Gaya Herrington a réalisé le même travail de comparaison. Sa conclusion est que, comme c’était envisagé dans notre rapport, l’humanité a prolongé la croissance de toutes ces variables entre les années 1970 et aujourd’hui. Nous sommes désormais au point où l’effondrement des courbes peut avoir lieu – ou pas. Cela dépend des scénarios. Il est encore trop tôt pour savoir dans quelle direction nous allons.

« Il y aura des tensions sociales très fortes qui, selon les situations, pourront donner lieu à des violences et à des affrontements ou à des processus plus pacifiques »

Jørgen Randers, co-auteur du rapport Meadows

Pour ma part, j’ai écrit un livre sur le sujet il y a dix ans, 2052: A Global Forecast for the Next Forty Years. Mon propos était le suivant : puisque l’humanité ne compte visiblement pas dévier de sa trajectoire, elle continuera d’augmenter ses niveaux de pollution atmosphérique et d’émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2050 au moins. L’actualité me donne plutôt raison pour l’instant, car nous constatons tous les jours que nous sommes au cœur d’une crise climatique sans précédent, qui ne fait que commencer. Cependant, pour des raisons que j’explique longuement dans le livre, je ne pense pas que nous assisterons de sitôt à un épuisement des ressources naturelles ou des ressources alimentaires. Comme nous le montrerons bientôt avec mes collègues de l’initiative Earth4All dans un nouveau livre, l’effondrement global n’est pas le plus probable – du moins pas dans les 50 prochaines années. Le plus probable, c’est que nous n’arrivions pas à faire redescendre la courbe des émissions de gaz à effet de serre suffisamment vite. Nous dépasserons probablement les + 2,5° C [par rapport à l’ère préindustrielle, ndlr], ce qui entraînera des effondrements sociaux et localisés.

Qu’entendez-vous par « effondrements sociaux et localisés » ?

Selon toute vraisemblance, les niveaux d’inégalité continueront d’augmenter, de même que les taux de chômage. Les gens deviendront de plus en plus mécontents à cause de l’imprévisibilité des événements météorologiques et de l’inaction de leurs gouvernements. Les services publics seront dépassés. Les politiques n’auront plus de majorité claire pour que leurs décisions fassent suffisamment consensus. Cela créera des tensions sociales très fortes qui, selon les situations, pourront donner lieu à des violences et à des affrontements ou à des processus plus pacifiques. On assistera à une chute du niveau de bien-être mais le PIB continuera d’augmenter – car il représente la valeur totale de la richesse produite, même si celle-ci est déséquilibrée.

Comment anticiper cette situation, selon vous ?

Il y a deux options. Soit nous essayons, comme le font certains gouvernements et comme le préconise le GIEC, de réduire volontairement et rapidement la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Soit nous ne faisons rien – ou si peu. Cela signifie que les températures vont continuer d’augmenter et qu’il faut se préparer au pire dès maintenant, même si les différentes dégradations que je viens de décrire adviendront graduellement. Mais bien sûr, c’est une perspective peu réjouissante. On parle d’un futur très désagréable, qu’on ne peut jamais complètement anticiper.

Et entre ces deux options, laquelle vous paraît la plus pertinente ? Pensez-vous comme votre collègue Dennis Meadows qu’il est désormais préférable de se focaliser sur la « résilience à l’échelle locale » ? 

Dennis et moi ne sommes pas d’accord sur ce point. Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas grand chose de plus significatif à faire que de soutenir les efforts préconisés par le GIEC. Il faut tout faire pour abaisser la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Dennis, lui, pense que c’est déjà trop tard. C’est pour cela qu’il refuse de participer à certaines mises à jour et aux récentes éditions anniversaires de notre rapport : parce que j’y écris que nous devons continuer d’essayer. Que ce soit clair, selon moi, Dennis a totalement raison de dire que nous n’agissons de toute façon pas assez vite pour résoudre le problème ! Je pense simplement que ce n’est pas une raison pour renoncer. En cela, les positionnements respectifs des trois jeunes chercheurs que nous étions ont changé avec le temps. Initialement, Donella était l’optimiste, j’étais le pessimiste, et Dennis était l’intermédiaire…

Pensez-vous, comme le chercheur François Gemenne, qu’il est tout simplement « impossible de convaincre une majorité de gens de voter pour un programme compatible avec l’Accord de Paris », du moins dans les pays industrialisés ? Selon vous, nos institutions démocratiques et électorales sont-elles à même de résoudre les crises que vous décrivez ?

J’ai commencé à parler de la faiblesse et des limites de nos systèmes démocratiques dès les années 1990, ce qui m’a valu pas mal de critiques. Les intérêts de court terme qui parasitent nos institutions sont très puissants. De même, à l’échelle individuelle, aucun travailleur ordinaire n’acceptera de son plein gré de payer des taxes supplémentaires pourtant nécessaires à la mise en place de politiques adaptées aux défis du futur. La transition énergétique, par exemple, implique la fermeture de tous les postes de travail liés aux industries fossiles et l’ouverture de nouveaux postes dans les énergies renouvelables. Le problème est qu’entre-temps, beaucoup d’emplois disparaissent. C’est pourquoi, selon moi, ces politiques ne peuvent qu’être menées par des États forts, à même de fournir les compensations financières nécessaires aux salariés concernés. Les entreprises privées ne pourront jamais assurer cette tâche à elles seules, car leur intérêt demeurera toujours le profit à court terme.

Quand vous parlez d’État fort, pensez-vous à un État fort démocratique ou à un État fort autoritaire ?

Il pourrait tout à fait s’agir d’un processus démocratique, à condition que les citoyens pensent à leurs intérêts de long terme et à ceux des générations futures. Or cela ne semble pas prêt d’arriver… En 2005, j’ai été mandaté par le Premier ministre de Norvège pour lui fournir une série de recommandations visant à enrayer complètement les émissions de gaz à effet de serre de notre pays. Avec d’autres experts, nous avons bâti une série de 15 mesures concrètes, dont la mise en place impliquait une augmentation des taxes de l’ordre de 200 euros par an et par habitant. J’ai passé quatre ans à parcourir le pays en long, en large et en travers pour essayer de convaincre les gens que c’était la meilleure solution. Sans succès. Quelques années plus tard, j’ai rejoint le parti vert norvégien. Aux dernières élections, nous avons obtenu à peine 4 % des voix.

« Il faudrait créer dans chaque pays une petite assemblée entièrement dédiée au long terme, un peu sur le modèle de la Cour suprême américaine »

Jørgen Randers, co-auteur du rapport Meadows


Mais ces votes ne sont-ils pas eux-mêmes déterminés par la logique des institutions qui les encadrent ? Après tout, aucun Parlement n’est explicitement dédié à la protection des intérêts de long terme, non ?

C’est absolument vrai. Cela me fait penser à ce qu’il se passe depuis longtemps dans le champ de l’économie : tous les économistes ne sont pas naturellement néo-classiques, ils sont simplement déterminés par des institutions et des courants de pensées dominants, qui ne représentent pourtant qu’une seule manière de voir les choses. Le système économique chinois, par exemple, est totalement différent : il consiste à faire imprimer autant de billets que nécessaire pour bâtir les infrastructures indispensables au développement du pays et du bien-être de la population, même si ce n’est pas forcément profitable à court terme. En Occident, il me semble que le néolibéralisme a enfin été poussé dans ses derniers retranchements. Nous sommes désormais arrivés à un point où il devient impossible de ne pas réintroduire un État fort pour subvenir aux besoins des populations.

La difficulté, c’est que d’un point de vue politique, les divisions en deux ou trois blocs – comme aux États-Unis avec le bloc républicain et le bloc démocrate, ou comme en France avec le bloc d’extrême-droite, le bloc centriste et le bloc de gauche – risquent de se creuser dans les prochaines décennies. Ce que je préconise depuis quelques années pour surmonter cette difficulté, c’est de créer dans chaque pays une petite assemblée entièrement dédiée au long terme. Elle serait composée d’une quinzaine de personnes élues à vie, un peu sur le modèle de la Cour suprême américaine. Un pouvoir de véto lui serait attribué pour retoquer toutes les décisions publiques qui ont un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. La seule autre alternative, c’est le modèle chinois : un parti central qui enrôle les plus éduqués. Ceux-ci deviennent maîtres de toutes les décisions car ils sont considérés comme ceux qui ont le plus d’expérience. Mais c’est un système nettement moins démocratique. Cela nous ferait revenir plusieurs siècles en arrière. 



vendredi 22 avril 2022

Fast Car par Tracy Chapman




 Paroles et traduction 

de Fast Car par Tracy Chapman :


Fast Car

(Voiture Rapide)


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


I want a ticket to anywhere


Et moi, je veux un billet pour n'importe où


Maybe we make a deal


Peut-être qu'on peut s'arranger


Maybe together we can get

 somewhere


Peut-être qu'ensemble on peut arriver quelque part


Anyplace is better


N'importe où sera mieux qu'ici


Starting from zero got nothing to lose


Et quand on part de rien, on a rien à perdre


Maybe we'll make something


Peut-être qu'on fera quelque chose


But me myself I got nothing to prove


Mais moi, en tout cas, je n'ai rien à prouver


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


And I got a plan to get us out of here


Et moi j'ai un plan pour nous tirer d'ici


I been working at the convenience store


J'ai travaillé dans une épicerie


Managed to save just a little bit of money


Me suis arrangé pour économiser un peu d'argent


We won't have to drive too far


Inutile de partir trop loin


Just 'cross the border and into the city


Il nous suffira de gagner la première ville après la frontière


You and I can both get jobs


Toi et moi, on peut tous deux trouver des jobs


And finally see what it means to be living


Et comprendre enfin ce que vivre signifie vraiment 


You see my old man's got a problem


Tu sais mon vieux a un problème


He live with the bottle that's the way it is


Il a un faible pour la bouteille, c'est ainsi


He says his body's too old for working


Il dit qu'il est trop vieux pour travailler


I say his body's too young to look like his


Moi je dis qu'il est trop jeune pour se laisser aller comme ça


My mama went off and left him


Ma mère est partie et l'a laissé


She wanted more from life than he could give


Elle voulait plus dans la vie qu'il ne pouvait lui offrir


I said somebody's got to take care of him


Il fallait bien que quelqu'un s'occupe de lui


So I quit school and that's what I did


Alors, j'ai quitté l'école pour veiller sur lui


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


But is it fast enough so we can fly away


Mais est-elle assez rapide pour nous envoler au loin


We gotta make a decision


On doit prendre une décision


We leave tonight or live and die this way


Qu'on s'en aille cette nuit ou jamais


I remember we were driving driving in your car


Je me souviens quand on était dans ta voiture


The speed so fast I felt like I was drunk


On allait tellement vite que j'avais l'impression d’être ivre


City lights lay out before us


Devant nous scintillaient les lumières de la ville


And your arm felt nice wrapped 'round my shoulder


Et c'était bon de sentir ton bras autour de mon cou


And I had a feeling that I belonged


Et j'avais l'impression d'avoir trouver ma voie


And I had feeling I could be someone, be someone, be someone


Et j'ai eu la sensation de pouvoir être quelqu'un, être quelqu'un, être quelqu'un


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


And we go cruising to entertain ourselves


Et nous roulions simplement pour nous distraire


You still ain't got a job


Tu n'as toujours pas de boulot


And I work in a market as a checkout girl


Et moi je travaille comme caissière dans un supermarché


I know things will get better


Je sais que les choses vont finir par s'arranger


You'll find work and I'll get promoted


Tu trouveras un boulot et moi j'aurai une promotion


We'll move out of the shelter


On quittera notre taudis


Buy a big house and live in the suburbs


On achètera une grande maison dans un quartier résidentiel


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


And I got a job that pays all our bills


Et mon travail sert à payer nos dépenses


You stay out drinking late at the bar


Tu passes tes journées dans les bars


See more of your friends than you do of your kids


Voyant plus tes amis que tu ne vois tes propres enfants


I'd always hoped for better


J'ai toujours espéré mieux


Thought maybe together you and me would find it


Je pensais que peut-être tous les deux on aurait pu y arriver


I got no plans I ain't going nowhere


Je n'ai pas de projets et je n'ai nulle par où aller


So take your fast car and keep on driving


Alors prends ta voiture rapide et continue de rouler 


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


But is it fast enough so you can fly away


Mais est-elle assez rapide pour que tu t'envoles


You gotta make a decision


Tu dois prendre une décision


You leave tonight or live and die this way


Tu pars ce soir ou vis et meurs ainsi


La chanson est un conte traitant de misère endémique. La narratrice raconte l'histoire de sa vie, difficile, qui a commencé par le divorce de sa mère d'avec son père sans emploi et alcoolique, ce qui l'amène à quitter l'école pour en prendre soin. 


Quittant par la suite sa ville natale avec son compagnon dans l'espoir d'une meilleure vie, le cycle recommence. Son compagnon est sans emploi et devient alcoolique, laissant la narratrice seule à la maison avec son enfant alors qu'il boit avec ses amis. 


Après avoir décroché un meilleur emploi, elle accepte sa vie telle qu'elle est. Elle demande à son compagnon de la quitter, de partir au volant de sa « voiture rapide » (fast car) et de continuer sa route.




Billie Holiday : Strange Fruit

 


 


Paroles et traduction de 

Strange Fruit par Billie Holiday :


Strange Fruit ( Fruit Etrange )


Southern trees bear strange fruit


Les arbres du Sud portent un fruit étrange


Blood on the leaves and blood on the root


Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines


Black bodies swinging in the southern breeze


Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud


Strange fruit hanging from poplar trees


Un fruit étrange suspendu aux peupliers


Pastoral scene of the gallant South


Scène pastorale du vaillant Sud


The bulging eyes and the twisted mouth


Les yeux révulsés et la bouche déformée


Scent of magnolia sweet and fresh


Le parfum des magnolias doux et printanier


Then the sudden smell of burning flesh


Puis l'odeur soudaine de la chair qui brûle


Here is a fruit for the crows to pluck


Voici un fruit que les corbeaux picorent


For the rain to gather, for the wind to suck


Que la pluie fait pousser, que le vent assèche


For the sun to ripe, to the tree to drop


Que le soleil fait mûrir,

 que l'arbre fait tomber


Here is a strange and bitter crop !


Voici une bien étrange et amère récolte !


Tirée d'un poème écrit et publié en 1937 par Abel Meeropol, c'est un réquisitoire artistique contre le racisme aux États-Unis et plus particulièrement contre les lynchages que subissent les Afro-Américains, qui atteignent alors un pic dans le sud des États-Unis.


 Meeropol l'a mis en musique avec l'aide de sa femme, et la chanteuse Laura Duncan l'interprète comme une chanson de protestation sur les scènes de New York à la fin des années 1930, y compris au Madison Square Garden.


Le « strange fruit » évoqué dans le morceau est le corps d'un Noir pendu à un arbre. On peut lire dans la deuxième strophe :


« Scène pastorale du vaillant Sud :

Les yeux exorbités et la bouche tordue,

Un parfum de magnolia doux et frais,

Puis l'odeur soudaine d'une chair qui brûle. »


Lorsque Billie Holiday interprète pour la première fois cette chanson, trois lynchages ont déjà été perpétrés cette année-là (1939). Un sondage de l’époque révèle que six Blancs sur dix étaient favorables à cette pratique.


La chanson Strange Fruit se démarque du répertoire habituel de Billie Holiday. Chanteuse de jazz et de blues déjà célèbre aux États-Unis, elle acquiert une notoriété internationale grâce à Strange Fruit. 


L’image publique de Billie Holiday devient indissociable du morceau : la chanteuse, réputée pour sa capacité à séduire et à émouvoir le public, prouve ici qu’elle peut aussi le bouleverser. 


Billie Holiday a elle-même souhaité que le titre de son autobiographie reprenne les dernières paroles de la chanson, Bitter Crop (en français : « récolte amère »), ce qu’a refusé la maison d’édition.




mardi 19 avril 2022

Prohibition de Brigitte Fontaine




J'exhibai ma carte senior
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d'un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

Passez votre chemin bâtard
Et filez vite au wagon bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

Partout c'est la prohibition.
Alcool à la télévision
Papiers clopes manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

Partout c'est la prohibition
Parole écrit fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements

Je suis vieille et je vous encule.
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
A moins qu'ils n'apportent du blé
De la tune au plus fortunés

Les vieux sont jetés aux orties
A l'asile aux châteaux d'oubli
Voici ce qui m'attend demain
Si jamais je perds mon chemin

J'ai d'autres projets vous voyez.
Je vais baiser boire et fumer
Je vais m'inventer d'autreos cieux
Toujours plus vastes et précieux

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille sans foi ni loi
Si je meurs ça sera de joie.



vendredi 8 avril 2022

" Sugar Man " réalisé par Malik Bendjelloul ( 2012 )





Sixto Diaz Rodriguez, connu sous son nom d'artiste Rodriguez, né le 10 juillet 1942 à Détroit dans le Michigan, est un auteur-compositeur-interprète, musicien de rock et de folk américain.


Sa carrière s'est limitée à la sortie de deux albums studio au début des années 1970, qui n'ont pas connu le succès, ainsi qu'à quelques brèves tournées. Ayant toujours mené une vie normale, il a souvent enchaîné les petits boulots pour faire vivre sa famille. 


Cependant, il est devenu très célèbre en Afrique du Sud à la fin des années 70 où ses albums avaient été piratés puis diffusés en masse. Au point de devenir l'un des artistes les plus appréciés des jeunes de la classe moyenne blanche. Censuré pour ses paroles contestataires évoquant les droits sociaux et la libération sexuelle, il a participé de fait à la montée du mouvement contre l'apartheid chez les Blancs.


Alors que le public sud-africain le croyait mort, deux fans originaires du Cap l'ont retrouvé grâce à Internet et ont organisé une série de concerts en Afrique du Sud en mars 1998, devant des milliers de personnes. Le film Sugar Man, qui raconte leur histoire, a obtenu l'Oscar du meilleur film documentaire en 2013 et a permis à Rodriguez de connaître la célébrité aux États-Unis et en Europe, où il réalise des tournées depuis 2013




samedi 2 avril 2022

L'amour existe par Maurice Pialat

 


                                   


« Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender.


Longuement j’ai habité ce quartier de Courbevoie. Les bombes démolirent les vieilles maisons, mais l’église épargnée fut ainsi dégagée. Je troque une victime contre ces pierres consacrées ; c’était un camarade d’école ; nous chantions dans la classe proche : « Mourir pour la patrie », « Un jour de gloire vaut cent ans de vie ».


Les cartes de géographie Vidal de Lablache éveillaient le désir des voyages lointains, mais entretenaient surtout leur illusion au sein même de nos paysages pauvres.


Un regard encore pur peut lire sans amertume ici où le mâchefer la poussière et la rouille sont comme un affleurement des couches géologiques profondes.


Palais, Palace, Eden, Magic, Lux, Kursaal… La plus belle nuit de la semaine naissait le jeudi après-midi. Entassés au premier rang, les meilleures places, les garçons et les filles acquittent pour quelques sous un règne de deux heures.


Parce que les donjons des Grands Moulins de Pantin sont un « Burg » dessiné par Hugo, le verre commun entassé au bord du canal de l’Ourcq scintille mieux que les pierreries.


A quinze ans, ce n’est rien de dépasser à vélo un trotteur à l’entraînement. Le vent d’hiver coupait le polygone du Bois de Vincennes ; moins sévère que le vent de l’hiver à venir qui verrait les Panzers répéter sur le terrain.


Promenades, premiers flirts au bord de la Marne, ombres sombres et bals muets, pas de danse pour les filles, les guinguettes fermeraient leurs volets. Les baignades de la Marne, Eldorado d’hier, vieillies, muettes et rares dorment devant la boue.


Soudain les rues sont lentes et silencieuses. Où seront les guinguettes, les fritures de Suresnes ? Paris ne s’accordera plus aux airs d’accordéon.


La banlieue entière s’est figée dans le décor préféré du film français. A Montreuil, le studio de Méliès est démoli. Ainsi merveilles et plaisirs s’en vont, sans bruit


« La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie » chantait Piaf. La banlieue triste qui s’ennuie, défile grise sous la pluie. L’ennui est le principal agent d’érosion des paysages pauvres.


Les châteaux de l’enfance s’éloignent, des adultes reviennent dans la cour de leur école, comme à la récréation, puis des trains les emportent.


La banlieue grandit pour se morceler en petits terrains. La grande banlieue est la terre élue du P’tit pavillon. C’est la folie des p’titesses. Ma p’tite maison, mon p’tit jardin, mon p’tit boulot, une bonne p’tite vie bien tranquille.


Vie passée à attendre la paye. Vie pesée en heures de travail. Vie riche en heures supplémentaires. Vie pensée en termes d’assistance, de sécurité, de retraite, d’assurance. Vivants qui achètent tout au prix de détail et qui se vendent, eux, au prix de gros.


On vit dans la cuisine, c’est la plus petite pièce. En dehors des festivités, la salle à manger n’ouvre ses portes qu’aux heures du ménage. C’est la plus grande pièce : on y garde précieusement les choses précieuses.


Vies dont le futur a déjà un passé et le présent un éternel goût d’attente.


Le pavillon de banlieue peut être une expression mineure du manque d’hospitalité et de générosité du Français. Menacé il disparaîtra.


Pour être sourde la lutte n’en est pas pour autant silencieuse. Les téméraires construisent jusqu’aux avants-postes.


L’agglomération parisienne est la plus pauvre du mon-de en espaces verts. Cependant la destruction systémati-que des parcs an-ciens n’est pas achevée. Massacre au gré des spéculations qui sert la mode de la ré-sidence de faux luxe, cautionnée par des arbres centenaires.


Voici venu le temps des casernes civiles. Univers concentrationnaire payable à tempérament. Urbanisme pensé en termes de voirie. Matériaux pauvres dégradés avant la fin des travaux.


Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir.


Les entrepreneurs entretiennent la nostalgie des travaux effectués pour le compte de l’organisation Todt.


Parachèvement de la ségrégation des classes. Introduc-tion de la ségrégation des âges : parents de même âge ayant le même nombre d’enfants du même âge. On ne choisit pas, on est choisi.


Enfants sages comme des images que les éducateurs désirent. Jeux troubles dans les caves démesurées. Contraintes des jeux préfabriqués ou évasion ? Quels seront leurs souvenirs ?


Le bonheur sera décidé dans les bureaux d’études. La ceinture rouge sera peinte en rose. Qui répète aujourd’hui du peuple français qu’il est indiscipliné. Toute une classe conditionnée de copropriétaires est prête à la relève. Classe qui fait les bonnes élections. Culture en toc dans construction en toc. De plus en plus la publicité prévaut contre la réalité.


Ils existent à trois kilomètres des Champs-Élysées. Constructions légères de planches et de cartons goudronnés qui s’enflamment très facilement. Des ustensiles à pétrole servent à la cuisine et à l’éclairage.


Nombre de microbes respirés dans un mètre cube d’air par une vendeuse de grands magasins : 4 millions


Nombre de frappes tapées dans une année par une dactylo : 15 millions


Déficit en terrain de jeux, en terrain de sport :75%


Déficit en jardin d’enfant : 99%


Nombre de lycées dans les communes de la Seine : 9. Dans Paris : 29


Fils d’ouvriers à l’Université : 3%. A l’Université de Paris : 1,5%


Fils d’ouvriers à l’école de médecine : 0,9%.


A la Faculté de lettres : 0,2%


Théâtre en-dehors de Paris : 0. Salle de concert : 0


La moitié de l’année, les heures de liberté sont dans la nuit. Mais tous les matins, c’est la hantise du retard.


Départ à la nuit noire. Course jusqu’à la station. Trajet aveugle et chaotique au sein d’une foule serrée et moite. Plongée dans le métro tiède. Interminable couloir de correspondance. Portillon automatique. Entassement dans les wagons surchargés. Second trajet en autobus. 


Le travail est une délivrance. Le soir, on remet ça : deux heures, trois heures, quatre heures de trajet chaque jour.


Cette eau grise ne remue que les matins et les soirs. Le gros de la troupe au front du travail, l’arrière tient. Le pays à ses heures de marée basse.


L’autobus, millionnaire en kilomètres, et le travailleur, millionnaire en geste de travail, se sont séparés une dernière fois, un soir, si discrètement qu’ils n’y ont pas pris garde.


D’un côté les vieux autobus à plate-forme n’ont pas le droit à la retraite, l’administration les revend, ils doivent recommencer une carrière.


De l’autre, les vieux travailleurs. Vieillesse qui doit, dans l’esprit de chaque salarié, indubitablement survenir. Vieillesse comme récompense, comme marché que chacun considère avoir passé. Ils ont payé pour ça. Payé pour être vieux. Le seul âge où l’on vous fout la paix. Mais quelle paix ? Le repos à neuf mille francs par mois. L’isolement dans les vieux quartiers. L’asile.


 Ils attendent l’heure lointaine qui revient du pays de leur enfance, l’heure où les bêtes rentrent. Collines gagnées par l’ombre. Aboiement des chiens. Odeur du bétail. Une voix connue très lointaine… Non. Ils pourraient tendre la main et palper la page du livre, le livre de leur première lecture.


Les squares n’ont pas remplacé les paysages de L’Ile de France qui venaient, hier encore, jusqu’à Paris, à la rencontre des peintres.


Le voyageur pressé ignore les banlieues. Ces rues plus offertes aux barricades qu’aux défilés gardent au plus secret des beautés impénétrables. Seul celui qui eût pu les dire se tait. Personne ne lui a appris à les lire. Enfant doué que l’adolescence trouve cloué et morne, définitivement. Il n’a pas fait bon de rester là, emprisonné, après y être né. Quelques kilomètres de trop à l’écart.


Des années et des années d’hôtels, de « garnis ». Des entassements à dix dans la même chambre. Des coups donnés, des coups reçus. Des oreilles fermées aux cris. Et la fin du travail à l’heure où ferment les musées. Aucune promotion, aucun plan, aucune dépense ne permettra la cautérisation. Il ne doit rien rester pour perpétrer la misère. La leçon des ténèbres n’est jamais inscrite au flanc des monuments.


La main de la gloire qui ordonne et dirige, elle aussi peut implorer. Un simple changement d’angle y suffit.


 


L'amour existe est un film français réalisé par Maurice Pialat et sorti en 1960.

Genre : 

Court métrage documentaire 

Récompenses et distinctions :

Prix Louis-Delluc 1960

Mostra de Venise 1961

Prix Louis Lumière 1961

Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ?

L'optimiste pense que l'on vit dans le meilleur des mondes possibles.
Le pessimiste pense que malheureusement c'est vrai.