samedi 16 juin 2018

" La Désobéissance " par Alberto Moravia ( 1948 )



Oui, conclut-il, la vie, ce devait vraiment être cela : non pas le ciel, la terre, la mer, les hommes et leurs installations, mais une obscure et moite caverne de chair maternelle et amoureuse où il pénétrait confiant, sur d’y être protégé comme il avait été protégé par sa mère tant que celle-ci l’avait porté dans son sein. La vie, c’était s’abîmer dans cette chair et en sentir l’obscurité, le ressac et le spasme comme des choses bénéfiques et vitales…





Lorsque Luca revint en ville, après avoir passé les vacances à l’endroit habituel, au bord de la mer, il avait la sensation de ne pas être bien et de couver une maladie. Ces derniers temps, il avait grandi de façon anormale et, à quinze ans, sa taille était déjà celle d’un homme adulte. (...)

Souvent, pourtant, ce même corps se rebellait, et cela quand Luca s’y attendait le moins, non point devant les tâches les plus dures, mais devant des choses insignifiantes. Luca, à cette époque, était sujet à des colères subites et violentes, durant lesquelles son organisme, déjà exténué, paraissait consumer en des paroxysmes et de haine le peu de forces qui lui restaient. C’était surtout la muette et inerte résistance des objets, ou, plutôt, sa propre incapacité à se servir de ceux-ci sans effort et sans dommage, qui avait le pouvoir de le jeter dans des fureurs dévastatrices. (...)

"Ainsi, pensa-t-il néanmoins, si l'on acceptait pas d'être ce que les autres voulaient ou croyaient que l'on fût, on était puni ou considéré comme malade. (...)

Cette tentation de se suicider ne l'effrayait pas, non plus qu'elle ne lui paraissait absurde ; elle était, ainsi qu'il le comprit, l'aboutissement naturel du furieux sentiment d'impuissance qui le bouleversait.

Le mot désobéir lui plut parce qu'il lui était familier : durant toute sa première enfance et pendant une bonne partie de son enfance proprement dite, il avait entendu sa mère répéter qu'il devait obéir, qu'il était désobéissant, que, s'il n'obéissait pas, elle le punirait et autres phrases similaires. (...)


 Luca pensa que le monde, en la personne de sa mère, de son père, de ses professeurs, de ses camarades, le voulait bon fils, bon élève, bon camarde, bon garçon ; mais lui n’aimait ni le monde ni ces rôles qu’on voulait lui faire jouer, et il devait désobéir. Et ceci, comme autrefois, non point par les violences obscures et les colères stériles de son corps exténué, mais suivant un certain ordre, suivant un certain plan, avec calme et détachement, comme appliquant les règles d’un jeu..(...)


Ne pas manger : il comprit brusquement que cette forme de désobéissance était, entre toutes, la plus grave, la plus radicale, celle qui entamait le plus l’autorité familiale. Son père et sa mère étaient surtout là pour le faire manger. (...)



« il pensa qu’il était beau d’agir, même si c’est pour détruire sa propre vie ; et qu’agir, c’était justement cela : accomplir des actes d’après des idées et non point par nécessité. » (...)


« L'infirmière lui prit le menton dans sa main, exactement comme on fait avec les enfants, quand on les interroge sur ce qu'ils désirent, et demanda : 
"Ainsi, si je venais cette nuit... cela te ferait plaisir ?"
Luca leva les yeux vers elle et : 
"Bien sûr, répondit-il avec simplicité, bien sûr que cela me ferait plaisir."
Droite et immobile, elle le couvait de ses yeux brillants, de ses yeux si jeunes et si différents des vieilles et froides paupières brûlées par le collyre, à travers lesquelles ils scintillaient. Puis, d'un ton prometteur, magnanime et maternel, elle annonça : 
"Eh bien... si vraiment ça te fait plaisir... Je viendrai." » (...)

Ainsi ne pouvait-il s’empêcher de penser, c’était cela vivre, cela continuer à vivre : faire avec passion et ténacité des choses absurdes et insensées, pour lesquelles il était impossible de fournir la moindre justification et qui mettaient continuellement ceux qui les faisaient dans un état de servitude, de remords et d’hypocrisie. (...)

Oui, conclut-il, la vie, ce devait vraiment être cela : non pas le ciel, la terre, la mer, les hommes et leurs installations, mais une obscure et moite caverne de chair maternelle et amoureuse où il pénétrait confiant, sur d’y être protégé comme il avait été protégé par sa mère tant que celle-ci l’avait porté dans son sein. La vie, c’était s’abîmer dans cette chair et en sentir l’obscurité, le ressac et le spasme comme des choses bénéfiques et vitales…



http://gen.lib.rus.ec/foreignfiction/index.php?s=Alberto+Moravia&f_lang=French&f_columns=0&f_ext=All

mercredi 6 juin 2018

" Désert solitaire " par Edward Abbey ( 1968 )

Ensuite, la plupart des choses dont je parle ici ont déjà disparu ou sont en train de disparaître rapidement. Ce livre n’est pas un guide de voyage ; c’est une élégie. Un tombeau. Ce que vous tenez entre vos mains est une stèle. Une foutue dalle de roc. Ne vous la faites pas tomber sur les pieds ; lancez-la contre quelque chose de grand, fait de verre et d’acier. Qu’avez-vous à perdre ?


Je ne suis pas ici seulement pour échapper un temps au tumulte, à la crasse et au chaos de la machine culturelle, mais aussi pour me confronter de manière aussi immédiate et directe que possible au noyau nu de l’existence, à l’élémentaire et au fondamental, au socle de pierre qui nous soutient. Je veux être capable de regarder et d’examiner un genévrier, un morceau de quartz, un vautour, une araignée, et de voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toute qualité attribuée par l’homme, catégories scientifiques comprises. Voir Dieu ou la Méduse face à face, même si cela implique de risquer tout ce que j’ai d’humain en moi. Je rêve d’un mysticisme âpre et brutal dans lequel le moi dénudé se fonde dans un monde non humain et y survit pourtant, toujours intact, individué, discret. Paradoxe et socle de pierre. (…)

On peut laisser les vieilles sentes pédestres à l’abandon, ne poster aucun ranger dans les stations les plus reculées, maintenir en sous-effectif les services chargés de la protection et de la pédagogie, on trouvera toujours des millions pour financer les kilomètres d’asphalte : c’est une donnée que les gestionnaires des parcs connaissent de longue date. Le Congrès répond toujours présent lorsqu’il s’agit de dégager des fonds pour toujours plus de routes plus grandes partout, surtout si elles forment des circuits. L’industrie pétrolière adore les circuits, qui ramènent l’automobiliste exactement à la station-service d’où il était parti. (…)

On objectera que l’accroissement constant de la population rend vaines toute résistance et toute idée de conservation. On aura raison. Si l’on ne parvient pas à stabiliser la population de notre pays, les parcs sont condamnés. Comme tout le reste. La préservation de la nature et cent autres bonnes causes du même genre seront balayées sous l’irrésistible pression de la simple lutte pour la survie et la santé mentale dans un environnement totalement urbanisé, totalement industrialisé et sans cesse plus peuplé. En ce qui me concerne, je préférerais tenter ma chance dans un conflit thermonucléaire plutôt que de vivre dans un tel monde. (…)

L’antique art pariétal des canyons de l’Utah appartient lui aussi à ce musée sans murs qui rend la sculpture africaine, les masques mélanésiens et les décharges publiques du New Jersey tout aussi intéressants – voix silencieuses nous parlant dans la première langue du monde. Quant aux compétences techniques des artistes, elles apparaissent lorsque l’on considère que, bien qu’ayant été exposés pendant des siècles aux attaques du vent, du sable, de la pluie, de la chaleur, du froid et de la lumière du soleil, ces pictogrammes et ces pétroglyphes survivent encore de manière vive et claire. Combien de peintures et de sculptures qui se créent aujourd’hui en Amérique survivront – au simple sens physique du terme – ne serait-ce qu’un demi-siècle ? (…)

Pris dans un no man’s land entre deux mondes, le Navajo profite comme il peut du système de l’homme blanc – la radio, le pick-up, l’assistance sociale – tout en s’accrochant à la liberté et à la dignité de son ancien mode de vie. Un tel homme préfère rouler ivre mort dans les caniveaux de Gallup, Nouveau-Mexique, faisant honte à sa tribu et à sa race, que de boutonner une chemise blanche propre et passer la meilleure partie de sa vie dans un bureau à air conditionné dont les fenêtres ne s’ouvrent pas. (…)

Dans quel but ? “Par anticipation sur les besoins à venir, afin de soutenir la croissance industrielle et démographique du Sud-Ouest.” C’est dans ce genre de réponse que l’on voit que c’est toujours le même vieux jeu de chiffres, la lancinante monomanie d’esprits petits et très simples prisonniers d’une obsession. Ils ne voient pas que la croissance pour la croissance est une folie cancéreuse ; que Phoenix et Albuquerque ne seront pas des villes plus plaisantes à vivre lorsque leur population aura doublé, doublé et doublé encore. Ils ne comprendraient jamais qu’un système économique qui ne peut que croître ou mourir est nécessairement traître à tout ce qui est humain. (…)

Un homme pourrait aimer et défendre la nature sans jamais de sa vie être allé au-delà des limites de l’asphalte, des lignes à haute tension et des plans orthogonaux. Nous avons besoin de la nature, que nous y mettions le pied ou non. Il nous faut un refuge même si nous n’aurons peut-être jamais besoin d’y aller. Je n’irai peut-être jamais en Alaska, par exemple, mais je suis heureux que l’Alaska soit là. Nous avons besoin de pouvoir nous échapper aussi sûrement que nous avons besoin d’espoir ; sans cette possibilité, la vie urbaine pousserait tous les hommes au crime ou à la drogue ou à la psychanalyse. (…)

La technologie ajoute une dimension nouvelle à ce processus en fournissant aux despotes modernes des instruments d’une efficacité bien supérieure aux anciens. Ce n’est sûrement pas par hasard que la plus radicale des tyrannies ait vu le jour dans la nation européenne la plus avancée dans les domaines de la science et de l’industrie. Si nous laissons notre propre pays devenir aussi densément peuplé, aussi surdéveloppé et aussi techniquement uniforme que l’Allemagne moderne, il se peut que nous nous bâtissions un destin similaire.

La valeur des espaces sauvages comme base de résistance à l’oppression centralisée a, en revanche, été prouvée par l’histoire récente. À Budapest et à Saint-Domingue, par exemple, les soulèvements populaires furent rapidement écrasés parce qu’un environnement urbanisé donne l’avantage à la puissance technologique. Mais à Cuba, en Algérie et au Vietnam, les révolutionnaires opérant dans les montagnes, le désert et la jungle, avec le soutien actif ou tacite d’une population clairsemée, ont pu vaincre les forces du pouvoir officiel équipées de tout l’arsenal terrifiant du militarisme du XXe siècle – ou tout au moins les bloquer dans une situation de match nul. Les insurrections rurales ne peuvent alors être réprimées qu’en bombardant et en incendiant les villages et la campagne de manière si radicale que la population se voit massivement forcée à se réfugier dans les villes ; là, on la mate et, si besoin, on l’affame jusqu’à ce qu’elle se soumette. La ville, qui devrait être le symbole et le cœur de la civilisation, peut aisément se transformer en camp de concentration. (…)


jeudi 31 mai 2018

" THIS IS NOT A DRILL. Attaques nucléaires évitées de justesse "

Une attaque nucléaire évitée de justesse ou in extremis est un incident qui pourrait conduire ou aurait pu conduire à au moins une explosion ou attaque nucléaire involontaire. Ces incidents impliquent généralement la perception d'une menace imminente provenant d'un pays possédant l'arme nucléaire, ce qui pourrait conduire à des frappes de représailles à l'encontre de l'agresseur supposé.

 Les dommages causés par un « échange » nucléaire international ne sont pas nécessairement limités aux belligérants, puisque l'hypothèse d'un brusque changement climatique, même relatif à une guerre nucléaire réduite à l'échelle régionale, pourrait menacer la production alimentaire dans le monde entier ; ce scénario est connu sous le nom de famine nucléaire.

Malgré un apaisement des tensions liées à l'arme atomique après la fin de la guerre froide, les réserves d'ogives nucléaires sont estimées à environ 15 000 dans le monde en 2017 ; les États-Unis et la Russie détiennent 90 % du total.

Bien qu'il soit difficile de trouver les détails exacts sur de nombreuses explosions ou attaques nucléaires évitées in extremis, l'analyses de plusieurs cas particuliers a permis de mettre en évidence l'importance de multiples facteurs dans la prévention de ces accidents. Au niveau international, cela comprend l'importance du contexte et de la médiation extérieure ; au niveau national, l'efficacité dans les communications du gouvernement et de l'implication des décideurs clés et au niveau de l'individu, le rôle décisif de personnes qui suivent leur intuition et leur capacité à prendre des décisions prudentes, souvent en transgressant le protocole. (...)

25 octobre 1962

Aux alentours de minuit, un garde de la base aérienne de Duluth, dans le Minnesota, voit un homme tenter de grimper par dessus la clôture de sécurité. Il tire dessus et active l'alarme de sabotage, ce qui active toutes les alarmes de toute les bases du secteur. 


Dans le Wisconsin, à la Base de la garde nationale aérienne de Volk Field Air l'alarme est mal câblée : immédiatement, des avions d'interception F-106A sont chargés de décoller. Le niveau d'alerte Defcon 2 étant en cours, les pilotes savaient qu'il ne pouvait pas s'agir d'un exercice et étaient persuadés que la troisième guerre mondiale avait commencé. L'erreur fut rapidement corrigée, avant que les avions ne puissent prendre l'air. L’événement aurait pu avoir des conséquences graves... alors même que l'homme aperçu en train de grimper sur une clôture, après enquête, s'est avéré être un ours. (...)

27 octobre 1962

Au plus fort de la crise des missiles de Cuba, un sous-marin patrouilleur soviétique B-59, alors harcelé par les forces navales américaines, a été sur le point de lancer une torpille équipée d'une tête nucléaire. L'un des submersibles soviétiques fut encerclé par les destroyers américains près de Cuba et a plongé afin d'éviter d'être repéré mais fut incapable de communiquer avec Moscou durant plusieurs jours. L'USS Beale a commencé par larguer des grenades anti-sous-marines, normalement destinées à l’entraînement, dans le but de signaler au B-59 de faire surface. 

 Cependant, le sous-marin soviétique a pris ces explosions comme
 provenant de véritables charges de profondeur. Avec un niveau de batteries faible, affectant les systèmes de support de vie du sous-marin et sans ordre de Moscou, le commandant du B-59 a cru que la guerre avait peut-être déjà débuté et a ordonné l'utilisation d'une torpille nucléaire de dix kilotonnes contre la flotte américaine. L'officier politique du sous-marin a donné son accord mais l'officier de la sous-flottille Vassili Arkhipov a pu persuader le commandant de faire surface et d'attendre les ordres.(...)

9 novembre 1965

Le Centre de commandement de l'Office de la gestion des secours d'urgence fut placé en état d'alerte après une gigantesque panne d'électricité dans le nord-est des États-Unis. Plusieurs détecteurs de bombe nucléaire (utilisés pour distinguer les pannes de courant « normales » des pannes de courant causées par une explosion nucléaire) à proximité des grandes villes des États-Unis ont été défectueux en raison d'erreurs de circuits électriques, créant l'illusion d'une attaque nucléaire. (...)

9 novembre 1979 

Un message d'erreur informatique au quartier général du NORAD a conduit au déclenchement d'une alarme et à la préparation complète contre une inexistante attaque soviétique à large échelle. Le NORADa prévenu le conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, que l'Union soviétique avait lancé 250 missiles balistiques vers les États-Unis, en indiquant que la décision de riposter devait être prise par le président dans les trois à sept minutes. Les ordinateurs du NORAD ont ensuite indiqué que le nombre de missiles lancés était de 2 200. Le SAC fut prévenu, les bombardiers nucléaires préparés au décollage et les équipes des missiles balistiques intercontinentaux furent placés en alerte. Dans les six à sept minutes de la réponse initiale, les systèmes de satellites et de radars ont été capables de confirmer que l'attaque était une fausse alerte. Il a été démontré qu'un scénario d’entraînement avait été chargé par inadvertance dans le système informatique opérationnel. (...)

26 septembre 1983


Il est minuit quinze quand Stanislav Petrov, l'officier de garde sur la base d'alerte stratégique de la force de défense anti-aérienne soviétique de Serpoukhov-15, à une centaine de kilomètres au sud de Moscou, reçoit une alerte sur son moniteur. Le système informatique de la base militaire russe vient de lui annoncer que cinq missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III viennent d'être envoyés depuis la Malmstrom Air Force Base, aux Etats-Unis. 
Stanislav Petrov n'a que quelques minutes pour prendre une décision. "J'avais toutes les données nécessaires. Si j'avais envoyé mon rapport à la chaîne de commande, personne n'aurait remis en question ce que je disais, avait-il raconté à la BBCTout ce que j'avais à faire était d'attraper le téléphone, de composer la ligne directe jusqu'au commandement - mais j'étais incapable de bouger. J'avais le sentiment d'être assis sur une poêle à frire brûlante."  
Le système d'alerte anti-missiles soviétique, Krokus, a beau affirmer que cinq missiles sont en chemin vers la Russie,
Stanislav Petrov analyse rapidement la situation : il estime que si les Etats-Unis attaquaient l'URSS, ils ne se contenteraient pas de cinq missiles mais lanceraient une attaque globale, avec toute la puissance de leur arsenal nucléaire. Il désobéit donc au protocole et informe ses supérieurs d'une fausse alerte. Son avis fait sens et aucune riposte soviétique n'est lancée.(...)

En novembre 1983 : un exercice trop réaliste

A peine trois mois plus tard,  du 7 au 11 novembre 1983, l'OTAN mène une série d'exercices militaires extrêmement réalistes : l'exercice Able Archer 83.  Durant la simulation, des nouvelles procédures de tir nucléaire sont mises en oeuvre et plusieurs milliers de soldats déployés. 

Selon un compte-rendu de l'exercice effectué en 1990 par le Conseil consultatif du renseignement étranger de la Maison-Blanche, déclassifié en 2015, le réalisme des exercices fut tel que "les Soviétiques menèrent des actions militaires et de renseignement qui n'avaient jusqu'ici été observées que durant de réelles crises". En réponse au déploiement de l'OTAN, les Soviétiques exécutèrent ainsi trente-six vols de renseignement afin de déterminer si les forces navales allaient appuyer ou non les troupes au sol. Ils transportèrent également des armes nucléaires depuis les sites de stockage jusqu'à leurs sites de lancement. Le rapport précise ainsi qu'il est possible que "les chefs militaires soviétiques aient été sérieusement préoccupés par l'idée qu'Able Archer 83 ait été un faux exercice, camouflant la préparation d'une véritable attaque".


L'escalade aurait pu continuer sans l'intervention d'un agent du
renseignement militaire américain : Leonard Perroots. Pendant les
exercices Able Archer 83, il remarque que les forces soviétiques augmentent leur propre niveau d'alerte, en réponse à l'exercice. Il choisit cependant de ne pas transmettre l'information et donc de ne pas faire relever le niveau d'alerte au niveau européen, ce qui aurait pu amener les Soviétiques à imaginer que l'exercice n'en était finalement pas un. (...)


25 janvier 1985

Le président russe, Boris Eltsine, est devenu le premier chef d'État au monde à activer une mallette de tir nucléaire après que les systèmes de radar russes aient détecté le lancement d'une Black Brant, fusée norvégienne de recherche pour étudier les aurores boréales. Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins russes ont été mis en état d'alerte en prévision d'une possible frappe de représailles. Quand il est devenu clair que la fusée n'était pas une menace pour la Russie et ne faisait pas partie d'une vaste attaque, l'alarme a été annulée. La Russie avait été en fait l'un des pays précédemment informés du lancement ; toutefois, l'information n'avait pas atteint les opérateurs de radars russes. (...)

23 octobre 2010

Les commandants de la base de l'Armée de l'air américaine dans le Wyoming ont perdu la plupart des formes de commandement, de contrôle et de surveillance de la sécurité de plus de cinquante missiles balistiques nucléaires durant environ 45 minutes. Les missiles ont été mis hors ligne après que l'on ait soupçonné un problème matériel causant de multiples erreurs sur les ordinateurs de contrôle. Bien que des représentants de l'armée maintiennent que les missiles étaient restés sous contrôle et n'étaient pas exposés à des tentatives de prise de contrôle extérieur, l'ancien officier de lancement de l'Armée de l'air, Bruce G. Blair, a exprimé ses inquiétudes selon lesquelles, dans ce cas de figure, les missiles pourraient être vulnérables à des tentatives de lancement par des pirates informatiques ou des équipes de missiles corrompues. (...)


MENACE DE MISSILE BALISTIQUE SUR HAWAÏ. METTEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT À L'ABRI. CECI N'EST PAS UN EXERCICE.
Le 13 janvier 2017, à Hawaï, ce message s'est affiché sur les écrans de smartphones. La cause ? Une erreur humaine : un fonctionnaire a cru qu'il s'agissait d'une réelle attaque, quand il ne s'agissait que d'un exercice.

https://www.franceculture.fr/histoire/crises-nucleaires-cinq-fois-ou-lhumanite-a-failli-disparaitre


https://fr.wikipedia.org/wiki/Attaque_nucléaire_évitée_de_justesse

vendredi 11 mai 2018

enuncombatdouteux : 10 ans de curation de contenu




La curation de contenu (étymologiquement du latin curare : prendre soin et de l'anglais content curation ou data curation) est un néologisme en français correspondant à une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour une requête ou un sujet donné. 

La curation est utilisée et revendiquée par des sites qui souhaitent offrir une plus grande visibilité et une meilleure lisibilité à des contenus (textes, documents, images, vidéos, sons…) qu'ils jugent utiles aux internautes et dont le partage peut les aider ou les intéresser.



77 LIVRES , 164 TEXTES et 30 DOCUMENTAIRES



Des visiteurs rares ( 100.000 pages vues en 10 ans ) mais de qualité...



J’ invite tous ceux qui ne le connaissent pas à aller faire un tour sur enuncombatdouteux.

 Chapeau pour le boulot !


merci, fallait

pfiou.

nan mais sans quelques blogueurs comme ça ( ok y' en a pas cinquante non plus ), je serais morte douze fois au moins.


merci.


saved my day once again.


t'a pas d'ange ma fille mais t'a deux trois gardiens du temple c'est déjà ça.



Et aussi sur la référence en curation de
contenu  :  SEENTHIS

dimanche 6 mai 2018

William Eugene Smith

William Eugene Smith, est un photojournaliste américain, photographe de guerre pendant la Guerre du Pacifique. Sa rigueur et son exigence en ont fait un modèle pour des générations de photographes, attachés à la valeur du témoignage que permet la photographie. W. Eugene Smith était, au sens littéral du terme, ce que les Américains appellent un « concerned photographer », un photographe engagé, qui utilisait son appareil photographique comme une arme pour défendre ses idées. (...)



Smith est rapidement intégré au staff de Life qui l’engage pour réaliser deux reportages par mois. Il quitte le magazine en 1941, insatisfait de la routine qu’impose une publication régulière et devient photographe indépendant. Il jugera par la suite qu’il a mal utilisé sa liberté, produisant des photos montrant « une grande profondeur de champ mais une très faible sensibilité1. » Il travaille notamment pour le magazine Parade, reconnu pour la qualité de ses documents photographiques. Il est blessé par une explosion de dynamite lors d’une séance de photos de conditions de combats simulées. (...)



 Il quitte Ziff Davis parce qu’il s’aperçoit que près de la moitié de ses photos sont censurées. Il semble qu’il ait trop montré les souffrances des populations civiles. Il photographie aussi bien les combats que leurs conséquences sur la population japonaise ; c’est alors qu’il développe dans son travail le thème de la responsabilité sociale du reporter qui restera présent durant toute sa vie. Il a toujours voulu être au plus près de son sujet (selon son expression « sink into the heart of the picture » : plonger au cœur de l’image), et c’est ainsi qu’il est gravement blessé lors des combats à Okinawa le 22 mai 1945 et qu'il est rapatrié. (...)



 En 1961-1962, il fait un reportage de deux ans sur la firme Hitachi au Japon et, en 1971, il s’installe avec sa seconde épouse Eileen Mioko, également photographe, à Minamata, une petite ville du Japon, afin de suivre les effets de la pollution industrielle. Il y passe quatre ans dans le dénuement le plus complet. Victime de violences de la part d’employés de la firme Chisso, responsable de la pollution, il perd presque la vue et doit être rapatrié d’urgence aux États-Unis. La publication de 11 photos dans Life puis d’un livre sur le sujet ont un retentissement mondial. C'est au cours de ce reportage qu'il réalise la très célèbre photo Le Bain de Tomoko, devenue une icône du photojournalisme. (...)



 Sa volonté d’implication personnelle dans les sujets de ses reportages a révolutionné cette nouvelle forme de photojournalisme, pour l’époque, appelée « essai photographique ». Insistant sur la responsabilité sociale du photographe, il a développé tout au long de sa carrière une éthique à laquelle il s’est tenu sans dévier et est devenu un modèle pour beaucoup de reporters qui l’ont suivi.

En 1976, Smith dépose ses archives (11 tonnes !) à l'université d'Arizona, à Tucson, où il enseigne.

Il meurt d’un infarctus deux ans plus tard, avec 18 $ sur son compte en banque…

















vendredi 4 mai 2018

"on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux" par Albert Jacquard



actuellement le système des grandes écoles, le système de la compétition, ne fait que sélectionner les plus conformes, or on a besoin,… on entre dans un monde qui va se renouveler et plus on est conformiste, plus on est dangereux et par conséquent on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux, ceux qui ne seront pas capable d’imagination…


Pour devenir moi, j’ai besoin du regard de l’autre, j’ai besoin de tisser de liens avec lui. Dès que je suis en compétition avec lui, je ne tisse plus de liens; et par conséquent, je suis en train de me suicider.  C’est ça qu’on devrait nous dire : toute compétition est un suicide. 

Mais est-ce qu’il y aurait eu un « Albert Jacquard » sans compétition ?

Oh oui, il n’y aurait pas eu de polytechnicien, mais je n’y perdrais pas grand chose; bien sûr,  pour entrer à polytechnique, vous savez, ,on est quinze cents quandidats, il y a trois cents places, bon, il faut donc être dans les « meilleurs », comme on dit, mais ce que ça signifie « meilleurs »  ça signifie être capable de consacrer tout son intelligence à étudier des choses qui ne vous interesse pas, mais qui sont au programe et par conséquent , c’est faire vraiment acte de soumission, c’est faire preuve de conformisme et actuellement le système des grandes écoles, le système de la compétition, ne fait que sélectionner les plus conformes, or on a besoin,… on entre dans un monde qui va se renouveler et plus on est conformiste, plus on est dangereux et par conséquent on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux, ceux qui ne seront pas capable d’imagination…(…)

Je croit qu’il nous faut extirper la notion de compétition, de toute la société et en particulier du système éducatif. Le pire de tout, c’est d’avoir fait des écoles, des lieux où on est en compétition, les uns contre les autres. (…)

Pour construire, il ne faut pas être  soumis

A vous entendre, la compétition qui régit aujourd’hui les rapports entre acteurs économiques et une grande partie des rapports humains, ne serait pas une bonne chose ?

« C’est une pure folie ! L’idée selon laquelle dans chaque secteur, dans chaque discipline, il faut qu’il y ait un premier, un deuxième et un troisième est une aberration. La compétition, c’est la volonté d’être meilleur qu’autrui, de le dépasser. Quitte à tout faire pour le détruire. Dans le domaine du sport, la compétition engendre le dopage, les pots-de-vin. Elle transforme des êtres humains en une nouvelle espèce, intermédiaire entre les humains et les monstres. Dans le domaine économique, elle génère les escroqueries, les actions malveillantes ou agressives entre sociétés concurrentes…Je suis absolument contre la compétition.(...)

Pour construire, il ne faut pas être  soumis.

https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/albert-jacquard-je-suis-absolument-contre-la-competition-mais-pour-l-emulation_1374900.html

vendredi 20 avril 2018

" La cécité d'inattention " : Le test du gorille invisible




La cécité d'inattention (traduction la plus fréquente de l'expression anglaise Inattentional blindness) est le fait d'échouer à remarquer un stimulus pourtant parfaitement visible. Ce stimulus est généralement inattendu, mais il devrait cependant être perçu. 

Le phénomène se produit typiquement parce que trop d'éléments mobilisent déjà l'attention de l'observateur. De nombreuses expériences ont permis de mettre en évidence ce phénomène, qui a de nombreuses conséquences pratiques, en particulier dans le domaine de la sécurité routière.

Le test du gorille invisible

L'étude la plus connue démontrant la cécité d'inattention est l'épreuve du gorille invisible, qui fut menée par Daniel Simons, de l'université de l'Illinois, et par Christopher Chabris, de l'université Harvard. Au cours de cette étude, on demande à des sujets d'observer une courte vidéo durant laquelle deux équipes, portant des maillots noirs ou blancs, se livrent à des passes de basketball. Les sujets doivent compter les passes faites par une des équipes, ou encore distinguer le nombre de passes aériennes de celles comportant un rebond. 

Durant les échanges, une femme déguisée en gorille traverse la scène. Après qu'ils ont exécuté leur tâche, on demande aux sujets s'ils ont remarqué quelque chose sortant de l'ordinaire. Dans la plupart des groupes testés, 50 % des sujets n'ont pas remarqué le gorille. Cet échec est attribué à la mobilisation entière de l'attention à exécuter une tâche difficile, et indique que la relation entre les objets apparaissant dans le champ visuel et leur perception dépend de l'attention de façon bien plus importante qu'on ne l'estimait auparavant.

Cécité en dépit de la fixation du regard

Daniel Memmert a construit une expérience, basée sur le test du gorille invisible, montrant qu'il est possible de regarder directement un objet, et néanmoins de continuer à ne pas le percevoir.

Les participants étaient des enfants entre 7 et 8 ans. Un film montrant un match de basket leur était projeté sur un grand écran (3.2 m X 2.4 m) situé à 6 mètres d'eux ; la consigne était de ne regarder que les joueurs en maillot noir et de compter leurs passes. Durant la vidéo, un acteur en costume de gorille traversait la scène. Les saccades oculaires des participants étaient enregistrées, puis ils devaient répondre à un questionnaire.

Seuls 40 % des participants avaient remarqué le gorille, mais il n'y avait pas de différence significative dans la précision du compte des passes entre ceux qui l'avait remarqué et les autres. L'analyse des mouvements oculaires montra qu'il n'y avait pas non plus de différence dans le temps passé à regarder les joueurs (blancs ou noirs) entre les deux groupes. Cependant, les 60 % des participants n'ayant pas remarqué le gorille avait passé en moyenne 25 images (environ une seconde) à le fixer, bien qu'ils ne l'aient pas perçu.


Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ?

L'optimiste pense que l'on vit dans le meilleur des mondes possibles.
Le pessimiste pense que malheureusement c'est vrai.