vendredi 3 avril 2009

LE PEUPLE DE L’ABÎME de Jack London ( 1903 )


Examinons bien les choses. En Alaska, sur les bords du Yukon, près de son embouchure, vit une peuplade très primitive, celle des Innuits. Ils ne présentent qu'une très faible ébauche de cet énorme artifice que nous nommons la Civilisation. Leur revenu annuel tourne à peu près sur deux livres par individu. Ils chassent et pêchent pour se nourrir, avec des lances et des flèches à pointes d'os. Ils ne souffrent jamais du manque d'abri, et leurs vêtements, faits pour la plupart de peaux de bêtes, sont chauds. Ils ont toujours du combustible pour entretenir leurs feux, du bois pour construire leurs maisons, qu'ils enterrent à moitié, et dans lesquelles ils s'installent confortablement pendant les périodes de grand froid. Pendant tout l'été, ils vivent dans des tentes, ouvertes à tous les vents. Ils sont sains, vigoureux et heureux. (...)

Dans le Royaume- Uni, au bord de l'Atlantique,vivent les Anglais. C'est un peuple complètement civilisé. Le revenu annuel de chaque habitant est au moins de trois cents livres. Ils gagnent leur nourriture, non pas par la chasse ou la pêche, mais en travaillant dur, dans des usines colossales. Ils sont pour la plupart, mal logés, et n'ont même pas de toit, ils manquent de combustible pour se chauffer et sont insuffisamment habillés. Un nombre toujours égal, parmi eux, n'a jamais eu de maison et dort à la belle étoile. On en trouve beaucoup, hiver comme été, grelottant dans les rues, sans rien sur le dos.(...)

Aucune erreur n'est possible. La civilisation a centuplé le pouvoir de production de l'humanité, et par suite d'une mauvaise gestion, les civilisés vivent plus mal que des bêtes, ont moins à manger et sont moins bien protégés de la rigueur des éléments que le sauvage Innuit, dans un climat bien plus rigoureux. Il vit, aujourd'hui, comme il vivait à l'âge de pierre, il y a plus de dix mille ans.

" Le peuple de l'abîme "

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