jeudi 28 mars 2024

L’Occident n'extrade pas encore Julian Assange par Olivier Mathieu

 
 

Julian Assange ne sera pas extradé vers les États-Unis, du moins… pour l’instant. C’est ce qu’a « décidé » la Haute Cour de Londres, qui a partiellement accepté ce matin le dernier appel de Julian Assange, 52 ans, qui risque l’extradition aux États-Unis, où il est inculpé de 18 chefs d’accusation et risque, en théorie, 170 ans de prison. 

Décision finale le 20 mai ?

Jean Marais et Marie-José Nat dans « Le Paria »

Selon les avocats de Julian Assange, qui ont fait de telles déclarations à la justice britannique, la CIA voulait assassiner le journaliste australien. Par ailleurs, l’état de santé d’Assange – atteint de vieillissement précoce – est préoccupant. Quoi qu’il en soit, la Haute Cour de justice de Londres vient de rendre une (non) décision au sujet de son extradition. Si elle a lieu, il est à craindre qu’Assange n’ait guère plus le choix qu’entre passer le reste de ses jours dans une prison américaine, voire le suicide. Edward Snowden. lui, ne doit sa liberté – au moins provisoire – qu’au fait d’avoir trouvé refuge en Russie.

Personnellement, je n’ai pas toujours été d’accord avec ce que disait Assange. Le feu vert donné son extradition signifierait-il la fin de la liberté d’expression? Ma réponse est : oui. Mais je me corrige immédiatement. Ma réponse est : oui et non. Car si elle a jamais existé, la la liberté d’expression est morte, en vérité, étape après étape, en plusieurs autres circonstances.

Il est certainement au monde d’autres exilés, eux aussi en mauvaise santé, eux aussi précocement vieillis, qui ont connu tout comme Assange un long destin fait d’errance et de réclusion, mais n’ont pas bénéficié du millième du millième du millième des soutiens qu’Assange a malgré tout obtenus. Et qui ne lui ont servi à rien.

Je veux dire par là qu’Assange est un rebelle qui provoque un mince écho de solidarité en sa faveur. D’autres ont droit à un soutien encore plus mince. Jusqu’à qui n’a droit, dans aucun milieu, au moindre soutien.

La presse, en particulier la presse anglo-saxonne, écrit que l’extradition d’Assange représente une menace pour la liberté de la presse. C’est une lapalissade… Il est très insuffisant de dire cela. La liberté est morte depuis longtemps. Et y compris si Assange échappait à l’extradition, elle ne ressusciterait plus.

Une caricature (datant des environs de 1920), universelle et intemporelle, de la plupart des causes.

En Occident, 1984 est dans toutes les librairies et des millions de gens marchent hypnotisés, le regard vissé à leurs téléphones portables et une couche-culotte vissée sur le nez… Dans quelques années, voire dans quelques mois, il ne sera plus possible (le saviez-vous?) de prendre un avion sans passer l’examen de la « reconnaissance faciale », qui s’étendra ensuite peu à peu – qui sait en combien de temps? – à tous les espaces (les espaces publics, pour commencer). Aucune « dictature » du passé n’avait réalisé le fichage électronique de l’humanité entière.

Dans quelques années, voire avant, l’argent comptant sera supprimé. Mais que fait la « grande presse »? La « grande » presse contemporaine fait ses unes sur la « liberté d’expression » et réclame la liberté d’expression pour ceux qui ne font rien d’autre que « libérer la parole » – la leur, exclusivement – du matin au soir.

En d’autres termes, je vous dis que la défense de la liberté d’expression n’est simplement, trop souvent, que l’un des aspects de la destruction pure et simple de toute liberté d’expression. Car la liberté d’expression est inconditionnelle. Ou elle est totale, ou elle n’existe pas.

Supposons qu’Assange ait réussi, ou réussisse encore à éviter l’extradition. Seul un imbécile, seul un crétin pourrait voir dans ce seul fait, après douze ans de réclusion, une « victoire » de la « liberté d’expression »… La liberté d’expression ne serait ou ne sera pas ressuscitée en cas de non extradition d’Assange, tout comme elle ne mourra ou ne mourait pas s’il est extradé: parce qu’elle est d’ores et déjà morte.

Le Conseil de l’Europe et sa défense (document philatélique récent, de 2021) de la « liberté d’expression ».

Les vrais conformistes du monde moderne ont leurs fréquentables. Ensuite, dans les marges ce ce monde moderne, les faux rebelles encensent leurs infréquentables, autrement dit les parias dont il est malgré tout plus ou moins permis de parler, d’autant qu’ils sont morts et que, en général, leurs causes ont chaviré avec eux. Pour prendre un exemple, Bobby Sands. Et en effet, Bobby Sands et ses amis furent courageux, parce qu’ils allèrent jusqu’au bout de leurs idées et de leur cohérence. Et moi, j’apprécie les gens qui vont jusqu’au bout de leurs idées (y compris si ce ne sont pas les miennes) et de leur cohérence (y compris si ce n’est pas la mienne).

Hélas, la défense d’une pseudo-liberté d’expression permet aussi de se donner une réputation « sulfureuse » à trop de crétinets « controversés », à trop de faux humoristes sans humour, à trop de vrais escrocs, à trop de petits loubards autoproclamés « essayistes », mais avec rien dans le bonnet. Petites nullités.

Ce qui est vraiment important passe totalement inaperçu. Le journaliste italien Andy Rocchelli, par exemple, a été tué en 2014 par l’armée ukrainienne: avez-vous déjà entendu parler de lui?…

Quant aux véritables parias, parias parmi les parias, chut…

Caricature de mars 1905, représentant Alexeï Nikolaïevitch Kouropatkine, né le 29 mars 1848, mort le 16 janvier 1925, général russe, ministre de la Guerre de 1898 à 1905. L’auteur de la carte postale est Orens Bonaventure Charles Denizard, dit simplement Orens, né le 8 mai 1879, mort le 8 octobre 1965. Sur cette carte postale (Orens était un illustrateur de cartes postales), la ressemblance avec Assange me semble assez frappante.


Oliver Mathieu 


L’Occident n’extrade (pas encore) Julian Assange


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