samedi 18 juin 2022

" House of the Rising Sun " Par le proupe The Animals




Traduction des paroles de la chanson  

" House  of  the  Rising Sun "

Par le proupe The Animals


Il y a une maison à la Nouvelle-Orléans

Que l'on surnomme la maison du Soleil Levant

Et elle fut la ruine de nombreux pauvres garçons

Et Dieu sait que j'en fais parti


Ma mère était couturière

Elle cousait mes nouveau jeans

Mon père était flambeur

Là-bas à la Nouvelle-Orléans


Maintenant la seule chose dont a besoin un joueur

Est une valise et un coffre

Et le seul moment où il est comblé

Est quand il est bourré


Oh mère dis à tes enfants

De ne pas faire ce que j'ai fait

Passer votre vie dans le péché et la misère

Dans la maison du Soleil Levant


Alors, j'ai mis un pied sur le quai

L'autre dans le train

Je reviens en Nouvelle-Orléans


Pour porter cette boule et cette chaîne


Eh bien, il y a une maison à la Nouvelle-Orléans

Que l'on surnomme la maison du Soleil Levant

Et elle fut la ruine de nombreux pauvres garçons

Et Dieu sait que j'en fais parti




mercredi 8 juin 2022

Les Animaux malades de la peste de Jean de La Fontaine

 

 

 

 



Les Animaux malades de la peste



Un mal qui répand la terreur,

Mal que le Ciel en sa fureur

Inventa pour punir les crimes de la terre,

La Peste (puisqu’il faut l’appeler par son nom),

Capable d’enrichir en un jour l’Achéron,

Faisait aux animaux la guerre.


Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :

On n'en voyait point d'occupés

À chercher le soutien d'une mourante vie ;

Nul mets n'excitait leur envie ;

Ni loups ni renards n'épiaient

La douce et l'innocente proie.

Les tourterelles se fuyaient :

Plus d'amour, partant plus de joie.


Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,

Je crois que le Ciel a permis

Pour nos péchés cette infortune ;

Que le plus coupable de nous

Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;

Peut-être il obtiendra la guérison commune.

L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents

On fait de pareils dévouements :

Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence

L'état de notre conscience.


Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,

J'ai dévoré force moutons.

Que m'avaient-ils fait ? Nulle offense;

Même il m'est arrivé quelquefois de manger

Le berger.

Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense

Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :

Car on doit souhaiter selon toute justice

Que le plus coupable périsse.


- Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ;

Vos scrupules font voir trop de délicatesse.

Eh bien, manger moutons, canaille, sotte espèce.

Est-ce un péché ? Non non. Vous leur fîtes, Seigneur,

En les croquant beaucoup d'honneur;

Et quant au berger, l'on peut dire

Qu'il était digne de tous maux,

Étant de ces gens-là qui sur les animaux

Se font un chimérique empire. »

Ainsi dit le Renard ; et flatteurs d'applaudir.


On n'osa trop approfondir

Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,

Les moins pardonnables offenses.

Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins,

Au dire de chacun, étaient de petits saints.


L’Âne vint à son tour, et dit : « J’ai souvenance

Qu’en un pré de moines passant,

La faim, l’occasion, l’herbe tendre, et je pense

Quelque diable aussi me poussant, 

Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.

Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »


À ces mots, on cria haro sur le baudet.

Un Loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangue

Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,

Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.

Sa peccadille fut jugée un cas pendable.

Manger l’herbe d’autrui ! quel crime abominable !

Rien que la mort n’était capable

D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.


Selon que vous serez puissant ou misérable,

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.









mardi 10 mai 2022

La Ravachole par Sébastien Faure

 

 



La Ravachole 




Dans la grand’ville de Paris

Dans la grand’ville de Paris

Il y a des bourgeois bien nourris

Il y a des bourgeois bien nourris

Il y a les miséreux

Qui ont le ventre creux :

Ceux-là ont les dents longues,

Vive le son, vive le son,

Ceux-là ont les dents longues,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Dansons la Ravachole,

Vive le son, vive le son,

Dansons la Ravachole,

Vive le son

D’l’explosion !

Ah, ça ira, ça ira, ça ira,

Tous les bourgeois goût’ront d’la bombe,

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira,

Tous les bourgeois on les saut’ra...

On les saut’ra !


Il y a les magistrats vendus,

Il y a les magistrats vendus,

Il y a les financiers ventrus,

Il y a les financiers ventrus,

il y a les argousins.

Mais pour tous ces coquins

Il y a d’la dynamite,

Vive le son, vive le son,

Il y a d’la dynamite,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Il y a les sénateurs gâteux,

Il y a les sénateurs gâteux,

Il y a les députés véreux,

Il y a les députés véreux,

Il y a les généraux,

Assassins et bourreaux,

Bouchers en uniforme,

Vive le son, vive le son,

Bouchers en uniforme,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Il y a les hôtels des richards,

Il y a les hôtels des richards,

Tandis que les pauvres déchards,

Tandis que les pauvres déchards,

À demi morts de froid

Et soufflant dans leurs doigts,

Refilent la comète,

Vive le son, vive le son,

Refilent la comète,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain


Ah, nom de dieu, faut en finir !

Ah, nom de dieu, faut en finir !

Assez longtemps geindre et souffrir !

Assez longtemps geindre et souffrir !

Pas de guerre à moitié !

Plus de lâche pitié !

Mort à la bourgeoisie,

Vive le son, vive le son,

Mort à la bourgeoisie,

Vive le son

D’l’explosion !


Refrain




lundi 2 mai 2022

« Il n’y aura pas d’effondrement global mais des effondrements sociaux et localisés » par Jørgen Randers

 

 




« Il n’y aura pas d’effondrement global mais des effondrements sociaux et localisés »

Cinquante ans après sa publication, le rapport Meadows sur les limites à la croissance démontre chaque jour son actualité. Entretien avec l’un de ses co-auteurs, Jørgen Randers, aujourd’hui âgé de 76 ans.

Chez les spécialistes chevronnés comme chez les néo-convertis, l’ouvrage fait figure de référence. Cinquante ans après sa publication, le rapport sur les limites à la croissance commandé au trio de chercheurs Dennis Meadows, Donella Meadows et Jørgen Randers par le Club de Rome continue de faire parler de lui. Que ce soit dans la bouche de politiques, d’artistes ou d’activistes, qui s’empressent désormais de le citer à chaque fois qu’ils le peuvent pour alerter sur la saturation des limites planétaires. Et pour cause : en 1972, The Limits to Growth établissait pour la toute première fois les conséquences dramatiques d’une croissance exponentielle dans un monde fini. Épuisement des ressources, crise pétrolière, pénuries en série… Un demi-siècle plus tard, c’est peu de dire que le sujet ne manque pas d’actualité. À l’occasion de la publication récente d’une nouvelle version de ce best-seller aux éditions Rue de l’Echiquier, nous avons pu discuter longuement avec l’un de ses co-auteurs, Jørgen Randers, aujourd’hui âgé de 76 ans et professeur de stratégie climatique au sein de la BI Norwegian Business School d’Oslo, en Norvège. Il était venu présenter son travail à l’occasion d’une Masterclass organisée par La Recyclerie, à Paris, le 20 avril dernier. Entretien.

Usbek & Rica : L’humanité a-t-elle appris quelque chose de votre rapport, cinquante ans après sa publication ?

Jørgen Randers : C’est une très bonne question, à laquelle il me paraît difficile de donner une réponse avisée. Très clairement, depuis la publication de notre rapport, l’humanité s’est aperçue que le monde était beaucoup plus petit qu’elle ne le croyait. À l’époque, l’idée selon laquelle la puissance de nos activités en tant qu’espèce a une influence sur les écosystèmes globaux n’était pas très répandue. De ce point de vue, on peut dire qu’il y a eu du progrès. Ce changement de perspective a eu un certain impact sur nos sociétés, car nous disposons désormais d’institutions dédiées – les ministères de l’Environnement, le GIEC, le Programme des Nations unies pour l’environnement… – qui n’existaient pas il y a 50 ans. 

Mais est-ce que notre travail a entraîné des changements concrets dans la vie quotidienne des gens, des électeurs, des travailleurs ordinaires ? C’est déprimant de le constater, mais je crois que non. Nous avons réussi à toucher 5 % des Occidentaux, pas plus. Les pays du Sud, eux, n’avaient de toute façon rien à tirer de notre travail, puisque celui-ci démontre que le problème vient des pays riches. Leur préoccupation prioritaire est d’éradiquer la pauvreté, et c’est très bien ainsi. Bref, je suis un homme déprimé qui garde le sourire. Avec mes collègues, nous avons passé toutes ces années à essayer de faire comprendre le problème aux citoyens des pays développés… Mais de toute évidence, ça n’a pas fonctionné.

Regrettez-vous que les discours politiques actuels se focalisent aujourd’hui sur « la lutte contre le dérèglement climatique » et non sur la lutte contre l’objectif de croissance ? 

Il y a toujours eu une différence énorme entre le contenu de notre rapport et le débat public qui l’a entouré. Notre livre démontre la chose suivante : dans la mesure où nous vivons sur une planète aux ressources finies, la croissance infinie de notre empreinte environnementale est impossible. Nous ne pourrons pas faire croître éternellement ni la population, ni l’usage des ressources naturelles, ni les émissions de CO2, ni l’exploitation des terres. Notre empreinte globale doit être réduite. En revanche, nous ne disons en aucun cas que les activités économiques doivent s’arrêter. Le PIB est mesuré en dollars, pas en tonnes d’émissions de CO2 : théoriquement, le PIB peut donc croître tant que ces deux courbes restent découplées. Le problème, c’est que cette distinction a très vite disparu au profit d’une discussion totalement désespérante sur le « développement durable ». 

Aujourd’hui, le seul message que j’essaye de faire passer, c’est qu’il faut absolument arrêter les énergies fossiles que sont le charbon, le pétrole et le gaz. Pour moi, c’est le cœur du problème. Si nous stoppons l’exploitation de ces énergies, 70 à 80 % des émissions de gaz à effet de serre disparaîtront. Le climat pourra être stabilisé, et l’effondrement de la biodiversité sera enrayé. D’autres, comme ma collègue Donella Meadows, ont tenté d’élargir les enjeux en avançant l’idée que le culte de la productivité, les hauts niveaux de consommation et d’énergie – bref, les modes de vie industriels – constituent la véritable origine du problème. Cela a été une erreur, car c’est à partir de là qu’ont commencé tous les débats « développement durable contre décroissance ». Résultat, depuis les années 1980, le sujet de la sortie des énergies fossiles a été complètement occulté. Dans la tête des gens, tout s’est embrouillé. On a confondu les limites à la croissance et l’industrialisation de l’économie moderne.

En 1972, vous aviez élaboré dix scénarios dessinant différentes évolutions possibles de cinq paramètres (industrialisation, croissance de la population, alimentation, épuisement des ressources naturelles et dégradation de l’environnement). L’idée était d’identifier des seuils au-delà desquels ces variables pourraient s’effondrer. Aujourd’hui, lequel de ces scénarios l’humanité est-elle en train de suivre ?

En 1998, le chercheur Graham Turner a été le premier à évaluer la pertinence de nos scénarios – qui étaient bien des scénarios et non des prédictions, je le rappelle. Tous se sont avérés valables, car tous suivaient des courbes plus ou moins identiques jusqu’en 2020 environ. C’est à partir de cette date que les écarts se creusent selon les chemins envisagés. À l’époque, on ne pouvait donc pas vraiment en savoir plus. Plus récemment, en 2020, la consultante tout juste sortie de Harvard Gaya Herrington a réalisé le même travail de comparaison. Sa conclusion est que, comme c’était envisagé dans notre rapport, l’humanité a prolongé la croissance de toutes ces variables entre les années 1970 et aujourd’hui. Nous sommes désormais au point où l’effondrement des courbes peut avoir lieu – ou pas. Cela dépend des scénarios. Il est encore trop tôt pour savoir dans quelle direction nous allons.

« Il y aura des tensions sociales très fortes qui, selon les situations, pourront donner lieu à des violences et à des affrontements ou à des processus plus pacifiques »

Jørgen Randers, co-auteur du rapport Meadows

Pour ma part, j’ai écrit un livre sur le sujet il y a dix ans, 2052: A Global Forecast for the Next Forty Years. Mon propos était le suivant : puisque l’humanité ne compte visiblement pas dévier de sa trajectoire, elle continuera d’augmenter ses niveaux de pollution atmosphérique et d’émissions de gaz à effet de serre jusqu’en 2050 au moins. L’actualité me donne plutôt raison pour l’instant, car nous constatons tous les jours que nous sommes au cœur d’une crise climatique sans précédent, qui ne fait que commencer. Cependant, pour des raisons que j’explique longuement dans le livre, je ne pense pas que nous assisterons de sitôt à un épuisement des ressources naturelles ou des ressources alimentaires. Comme nous le montrerons bientôt avec mes collègues de l’initiative Earth4All dans un nouveau livre, l’effondrement global n’est pas le plus probable – du moins pas dans les 50 prochaines années. Le plus probable, c’est que nous n’arrivions pas à faire redescendre la courbe des émissions de gaz à effet de serre suffisamment vite. Nous dépasserons probablement les + 2,5° C [par rapport à l’ère préindustrielle, ndlr], ce qui entraînera des effondrements sociaux et localisés.

Qu’entendez-vous par « effondrements sociaux et localisés » ?

Selon toute vraisemblance, les niveaux d’inégalité continueront d’augmenter, de même que les taux de chômage. Les gens deviendront de plus en plus mécontents à cause de l’imprévisibilité des événements météorologiques et de l’inaction de leurs gouvernements. Les services publics seront dépassés. Les politiques n’auront plus de majorité claire pour que leurs décisions fassent suffisamment consensus. Cela créera des tensions sociales très fortes qui, selon les situations, pourront donner lieu à des violences et à des affrontements ou à des processus plus pacifiques. On assistera à une chute du niveau de bien-être mais le PIB continuera d’augmenter – car il représente la valeur totale de la richesse produite, même si celle-ci est déséquilibrée.

Comment anticiper cette situation, selon vous ?

Il y a deux options. Soit nous essayons, comme le font certains gouvernements et comme le préconise le GIEC, de réduire volontairement et rapidement la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Soit nous ne faisons rien – ou si peu. Cela signifie que les températures vont continuer d’augmenter et qu’il faut se préparer au pire dès maintenant, même si les différentes dégradations que je viens de décrire adviendront graduellement. Mais bien sûr, c’est une perspective peu réjouissante. On parle d’un futur très désagréable, qu’on ne peut jamais complètement anticiper.

Et entre ces deux options, laquelle vous paraît la plus pertinente ? Pensez-vous comme votre collègue Dennis Meadows qu’il est désormais préférable de se focaliser sur la « résilience à l’échelle locale » ? 

Dennis et moi ne sommes pas d’accord sur ce point. Pour ma part, je pense qu’il n’y a pas grand chose de plus significatif à faire que de soutenir les efforts préconisés par le GIEC. Il faut tout faire pour abaisser la courbe des émissions de gaz à effet de serre. Dennis, lui, pense que c’est déjà trop tard. C’est pour cela qu’il refuse de participer à certaines mises à jour et aux récentes éditions anniversaires de notre rapport : parce que j’y écris que nous devons continuer d’essayer. Que ce soit clair, selon moi, Dennis a totalement raison de dire que nous n’agissons de toute façon pas assez vite pour résoudre le problème ! Je pense simplement que ce n’est pas une raison pour renoncer. En cela, les positionnements respectifs des trois jeunes chercheurs que nous étions ont changé avec le temps. Initialement, Donella était l’optimiste, j’étais le pessimiste, et Dennis était l’intermédiaire…

Pensez-vous, comme le chercheur François Gemenne, qu’il est tout simplement « impossible de convaincre une majorité de gens de voter pour un programme compatible avec l’Accord de Paris », du moins dans les pays industrialisés ? Selon vous, nos institutions démocratiques et électorales sont-elles à même de résoudre les crises que vous décrivez ?

J’ai commencé à parler de la faiblesse et des limites de nos systèmes démocratiques dès les années 1990, ce qui m’a valu pas mal de critiques. Les intérêts de court terme qui parasitent nos institutions sont très puissants. De même, à l’échelle individuelle, aucun travailleur ordinaire n’acceptera de son plein gré de payer des taxes supplémentaires pourtant nécessaires à la mise en place de politiques adaptées aux défis du futur. La transition énergétique, par exemple, implique la fermeture de tous les postes de travail liés aux industries fossiles et l’ouverture de nouveaux postes dans les énergies renouvelables. Le problème est qu’entre-temps, beaucoup d’emplois disparaissent. C’est pourquoi, selon moi, ces politiques ne peuvent qu’être menées par des États forts, à même de fournir les compensations financières nécessaires aux salariés concernés. Les entreprises privées ne pourront jamais assurer cette tâche à elles seules, car leur intérêt demeurera toujours le profit à court terme.

Quand vous parlez d’État fort, pensez-vous à un État fort démocratique ou à un État fort autoritaire ?

Il pourrait tout à fait s’agir d’un processus démocratique, à condition que les citoyens pensent à leurs intérêts de long terme et à ceux des générations futures. Or cela ne semble pas prêt d’arriver… En 2005, j’ai été mandaté par le Premier ministre de Norvège pour lui fournir une série de recommandations visant à enrayer complètement les émissions de gaz à effet de serre de notre pays. Avec d’autres experts, nous avons bâti une série de 15 mesures concrètes, dont la mise en place impliquait une augmentation des taxes de l’ordre de 200 euros par an et par habitant. J’ai passé quatre ans à parcourir le pays en long, en large et en travers pour essayer de convaincre les gens que c’était la meilleure solution. Sans succès. Quelques années plus tard, j’ai rejoint le parti vert norvégien. Aux dernières élections, nous avons obtenu à peine 4 % des voix.

« Il faudrait créer dans chaque pays une petite assemblée entièrement dédiée au long terme, un peu sur le modèle de la Cour suprême américaine »

Jørgen Randers, co-auteur du rapport Meadows


Mais ces votes ne sont-ils pas eux-mêmes déterminés par la logique des institutions qui les encadrent ? Après tout, aucun Parlement n’est explicitement dédié à la protection des intérêts de long terme, non ?

C’est absolument vrai. Cela me fait penser à ce qu’il se passe depuis longtemps dans le champ de l’économie : tous les économistes ne sont pas naturellement néo-classiques, ils sont simplement déterminés par des institutions et des courants de pensées dominants, qui ne représentent pourtant qu’une seule manière de voir les choses. Le système économique chinois, par exemple, est totalement différent : il consiste à faire imprimer autant de billets que nécessaire pour bâtir les infrastructures indispensables au développement du pays et du bien-être de la population, même si ce n’est pas forcément profitable à court terme. En Occident, il me semble que le néolibéralisme a enfin été poussé dans ses derniers retranchements. Nous sommes désormais arrivés à un point où il devient impossible de ne pas réintroduire un État fort pour subvenir aux besoins des populations.

La difficulté, c’est que d’un point de vue politique, les divisions en deux ou trois blocs – comme aux États-Unis avec le bloc républicain et le bloc démocrate, ou comme en France avec le bloc d’extrême-droite, le bloc centriste et le bloc de gauche – risquent de se creuser dans les prochaines décennies. Ce que je préconise depuis quelques années pour surmonter cette difficulté, c’est de créer dans chaque pays une petite assemblée entièrement dédiée au long terme. Elle serait composée d’une quinzaine de personnes élues à vie, un peu sur le modèle de la Cour suprême américaine. Un pouvoir de véto lui serait attribué pour retoquer toutes les décisions publiques qui ont un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. La seule autre alternative, c’est le modèle chinois : un parti central qui enrôle les plus éduqués. Ceux-ci deviennent maîtres de toutes les décisions car ils sont considérés comme ceux qui ont le plus d’expérience. Mais c’est un système nettement moins démocratique. Cela nous ferait revenir plusieurs siècles en arrière. 



vendredi 22 avril 2022

Fast Car par Tracy Chapman




 Paroles et traduction 

de Fast Car par Tracy Chapman :


Fast Car

(Voiture Rapide)


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


I want a ticket to anywhere


Et moi, je veux un billet pour n'importe où


Maybe we make a deal


Peut-être qu'on peut s'arranger


Maybe together we can get

 somewhere


Peut-être qu'ensemble on peut arriver quelque part


Anyplace is better


N'importe où sera mieux qu'ici


Starting from zero got nothing to lose


Et quand on part de rien, on a rien à perdre


Maybe we'll make something


Peut-être qu'on fera quelque chose


But me myself I got nothing to prove


Mais moi, en tout cas, je n'ai rien à prouver


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


And I got a plan to get us out of here


Et moi j'ai un plan pour nous tirer d'ici


I been working at the convenience store


J'ai travaillé dans une épicerie


Managed to save just a little bit of money


Me suis arrangé pour économiser un peu d'argent


We won't have to drive too far


Inutile de partir trop loin


Just 'cross the border and into the city


Il nous suffira de gagner la première ville après la frontière


You and I can both get jobs


Toi et moi, on peut tous deux trouver des jobs


And finally see what it means to be living


Et comprendre enfin ce que vivre signifie vraiment 


You see my old man's got a problem


Tu sais mon vieux a un problème


He live with the bottle that's the way it is


Il a un faible pour la bouteille, c'est ainsi


He says his body's too old for working


Il dit qu'il est trop vieux pour travailler


I say his body's too young to look like his


Moi je dis qu'il est trop jeune pour se laisser aller comme ça


My mama went off and left him


Ma mère est partie et l'a laissé


She wanted more from life than he could give


Elle voulait plus dans la vie qu'il ne pouvait lui offrir


I said somebody's got to take care of him


Il fallait bien que quelqu'un s'occupe de lui


So I quit school and that's what I did


Alors, j'ai quitté l'école pour veiller sur lui


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


But is it fast enough so we can fly away


Mais est-elle assez rapide pour nous envoler au loin


We gotta make a decision


On doit prendre une décision


We leave tonight or live and die this way


Qu'on s'en aille cette nuit ou jamais


I remember we were driving driving in your car


Je me souviens quand on était dans ta voiture


The speed so fast I felt like I was drunk


On allait tellement vite que j'avais l'impression d’être ivre


City lights lay out before us


Devant nous scintillaient les lumières de la ville


And your arm felt nice wrapped 'round my shoulder


Et c'était bon de sentir ton bras autour de mon cou


And I had a feeling that I belonged


Et j'avais l'impression d'avoir trouver ma voie


And I had feeling I could be someone, be someone, be someone


Et j'ai eu la sensation de pouvoir être quelqu'un, être quelqu'un, être quelqu'un


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


And we go cruising to entertain ourselves


Et nous roulions simplement pour nous distraire


You still ain't got a job


Tu n'as toujours pas de boulot


And I work in a market as a checkout girl


Et moi je travaille comme caissière dans un supermarché


I know things will get better


Je sais que les choses vont finir par s'arranger


You'll find work and I'll get promoted


Tu trouveras un boulot et moi j'aurai une promotion


We'll move out of the shelter


On quittera notre taudis


Buy a big house and live in the suburbs


On achètera une grande maison dans un quartier résidentiel


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


And I got a job that pays all our bills


Et mon travail sert à payer nos dépenses


You stay out drinking late at the bar


Tu passes tes journées dans les bars


See more of your friends than you do of your kids


Voyant plus tes amis que tu ne vois tes propres enfants


I'd always hoped for better


J'ai toujours espéré mieux


Thought maybe together you and me would find it


Je pensais que peut-être tous les deux on aurait pu y arriver


I got no plans I ain't going nowhere


Je n'ai pas de projets et je n'ai nulle par où aller


So take your fast car and keep on driving


Alors prends ta voiture rapide et continue de rouler 


You got a fast car


Tu as une voiture rapide


But is it fast enough so you can fly away


Mais est-elle assez rapide pour que tu t'envoles


You gotta make a decision


Tu dois prendre une décision


You leave tonight or live and die this way


Tu pars ce soir ou vis et meurs ainsi


La chanson est un conte traitant de misère endémique. La narratrice raconte l'histoire de sa vie, difficile, qui a commencé par le divorce de sa mère d'avec son père sans emploi et alcoolique, ce qui l'amène à quitter l'école pour en prendre soin. 


Quittant par la suite sa ville natale avec son compagnon dans l'espoir d'une meilleure vie, le cycle recommence. Son compagnon est sans emploi et devient alcoolique, laissant la narratrice seule à la maison avec son enfant alors qu'il boit avec ses amis. 


Après avoir décroché un meilleur emploi, elle accepte sa vie telle qu'elle est. Elle demande à son compagnon de la quitter, de partir au volant de sa « voiture rapide » (fast car) et de continuer sa route.




Billie Holiday : Strange Fruit

 


 


Paroles et traduction de 

Strange Fruit par Billie Holiday :


Strange Fruit ( Fruit Etrange )


Southern trees bear strange fruit


Les arbres du Sud portent un fruit étrange


Blood on the leaves and blood on the root


Du sang sur leurs feuilles et du sang sur leurs racines


Black bodies swinging in the southern breeze


Des corps noirs qui se balancent dans la brise du Sud


Strange fruit hanging from poplar trees


Un fruit étrange suspendu aux peupliers


Pastoral scene of the gallant South


Scène pastorale du vaillant Sud


The bulging eyes and the twisted mouth


Les yeux révulsés et la bouche déformée


Scent of magnolia sweet and fresh


Le parfum des magnolias doux et printanier


Then the sudden smell of burning flesh


Puis l'odeur soudaine de la chair qui brûle


Here is a fruit for the crows to pluck


Voici un fruit que les corbeaux picorent


For the rain to gather, for the wind to suck


Que la pluie fait pousser, que le vent assèche


For the sun to ripe, to the tree to drop


Que le soleil fait mûrir,

 que l'arbre fait tomber


Here is a strange and bitter crop !


Voici une bien étrange et amère récolte !


Tirée d'un poème écrit et publié en 1937 par Abel Meeropol, c'est un réquisitoire artistique contre le racisme aux États-Unis et plus particulièrement contre les lynchages que subissent les Afro-Américains, qui atteignent alors un pic dans le sud des États-Unis.


 Meeropol l'a mis en musique avec l'aide de sa femme, et la chanteuse Laura Duncan l'interprète comme une chanson de protestation sur les scènes de New York à la fin des années 1930, y compris au Madison Square Garden.


Le « strange fruit » évoqué dans le morceau est le corps d'un Noir pendu à un arbre. On peut lire dans la deuxième strophe :


« Scène pastorale du vaillant Sud :

Les yeux exorbités et la bouche tordue,

Un parfum de magnolia doux et frais,

Puis l'odeur soudaine d'une chair qui brûle. »


Lorsque Billie Holiday interprète pour la première fois cette chanson, trois lynchages ont déjà été perpétrés cette année-là (1939). Un sondage de l’époque révèle que six Blancs sur dix étaient favorables à cette pratique.


La chanson Strange Fruit se démarque du répertoire habituel de Billie Holiday. Chanteuse de jazz et de blues déjà célèbre aux États-Unis, elle acquiert une notoriété internationale grâce à Strange Fruit. 


L’image publique de Billie Holiday devient indissociable du morceau : la chanteuse, réputée pour sa capacité à séduire et à émouvoir le public, prouve ici qu’elle peut aussi le bouleverser. 


Billie Holiday a elle-même souhaité que le titre de son autobiographie reprenne les dernières paroles de la chanson, Bitter Crop (en français : « récolte amère »), ce qu’a refusé la maison d’édition.




mardi 19 avril 2022

Prohibition de Brigitte Fontaine




J'exhibai ma carte senior
Sous les yeux goguenards des porcs
Qui partirent d'un rire obscène
Vers ma silhouette de sirène

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

Passez votre chemin bâtard
Et filez vite au wagon bar
Je fumerai ma cigarette
Tranquillement dans les toilettes

Partout c'est la prohibition.
Alcool à la télévision
Papiers clopes manque de fric
Et vieillir dans les lieux publics

Partout c'est la prohibition
Parole écrit fornication
Foutre interdit à soixante ans
Ou scandale et ricanements

Je suis vieille et je vous encule.
Avec mon look de libellule
Je suis vieille et je vais crever
Un petit détail oublié

Les malades sont prohibés
On les jette dans les fossés
A moins qu'ils n'apportent du blé
De la tune au plus fortunés

Les vieux sont jetés aux orties
A l'asile aux châteaux d'oubli
Voici ce qui m'attend demain
Si jamais je perds mon chemin

J'ai d'autres projets vous voyez.
Je vais baiser boire et fumer
Je vais m'inventer d'autreos cieux
Toujours plus vastes et précieux

Je suis vieille et je vous encule
Avec mon look de libellule
Je suis vieille sans foi ni loi
Si je meurs ça sera de joie.



Quelle est la différence entre un optimiste et un pessimiste ?

L'optimiste pense que l'on vit dans le meilleur des mondes possibles.
Le pessimiste pense que malheureusement c'est vrai.