jeudi 31 mai 2018

" THIS IS NOT A DRILL. Attaques nucléaires évitées de justesse "

Une attaque nucléaire évitée de justesse ou in extremis est un incident qui pourrait conduire ou aurait pu conduire à au moins une explosion ou attaque nucléaire involontaire. Ces incidents impliquent généralement la perception d'une menace imminente provenant d'un pays possédant l'arme nucléaire, ce qui pourrait conduire à des frappes de représailles à l'encontre de l'agresseur supposé.

 Les dommages causés par un « échange » nucléaire international ne sont pas nécessairement limités aux belligérants, puisque l'hypothèse d'un brusque changement climatique, même relatif à une guerre nucléaire réduite à l'échelle régionale, pourrait menacer la production alimentaire dans le monde entier ; ce scénario est connu sous le nom de famine nucléaire.

Malgré un apaisement des tensions liées à l'arme atomique après la fin de la guerre froide, les réserves d'ogives nucléaires sont estimées à environ 15 000 dans le monde en 2017 ; les États-Unis et la Russie détiennent 90 % du total.

Bien qu'il soit difficile de trouver les détails exacts sur de nombreuses explosions ou attaques nucléaires évitées in extremis, l'analyses de plusieurs cas particuliers a permis de mettre en évidence l'importance de multiples facteurs dans la prévention de ces accidents. Au niveau international, cela comprend l'importance du contexte et de la médiation extérieure ; au niveau national, l'efficacité dans les communications du gouvernement et de l'implication des décideurs clés et au niveau de l'individu, le rôle décisif de personnes qui suivent leur intuition et leur capacité à prendre des décisions prudentes, souvent en transgressant le protocole. (...)

25 octobre 1962

Aux alentours de minuit, un garde de la base aérienne de Duluth, dans le Minnesota, voit un homme tenter de grimper par dessus la clôture de sécurité. Il tire dessus et active l'alarme de sabotage, ce qui active toutes les alarmes de toute les bases du secteur. 


Dans le Wisconsin, à la Base de la garde nationale aérienne de Volk Field Air l'alarme est mal câblée : immédiatement, des avions d'interception F-106A sont chargés de décoller. Le niveau d'alerte Defcon 2 étant en cours, les pilotes savaient qu'il ne pouvait pas s'agir d'un exercice et étaient persuadés que la troisième guerre mondiale avait commencé. L'erreur fut rapidement corrigée, avant que les avions ne puissent prendre l'air. L’événement aurait pu avoir des conséquences graves... alors même que l'homme aperçu en train de grimper sur une clôture, après enquête, s'est avéré être un ours. (...)

27 octobre 1962

Au plus fort de la crise des missiles de Cuba, un sous-marin patrouilleur soviétique B-59, alors harcelé par les forces navales américaines, a été sur le point de lancer une torpille équipée d'une tête nucléaire. L'un des submersibles soviétiques fut encerclé par les destroyers américains près de Cuba et a plongé afin d'éviter d'être repéré mais fut incapable de communiquer avec Moscou durant plusieurs jours. L'USS Beale a commencé par larguer des grenades anti-sous-marines, normalement destinées à l’entraînement, dans le but de signaler au B-59 de faire surface. 

 Cependant, le sous-marin soviétique a pris ces explosions comme
 provenant de véritables charges de profondeur. Avec un niveau de batteries faible, affectant les systèmes de support de vie du sous-marin et sans ordre de Moscou, le commandant du B-59 a cru que la guerre avait peut-être déjà débuté et a ordonné l'utilisation d'une torpille nucléaire de dix kilotonnes contre la flotte américaine. L'officier politique du sous-marin a donné son accord mais l'officier de la sous-flottille Vassili Arkhipov a pu persuader le commandant de faire surface et d'attendre les ordres.(...)

9 novembre 1965

Le Centre de commandement de l'Office de la gestion des secours d'urgence fut placé en état d'alerte après une gigantesque panne d'électricité dans le nord-est des États-Unis. Plusieurs détecteurs de bombe nucléaire (utilisés pour distinguer les pannes de courant « normales » des pannes de courant causées par une explosion nucléaire) à proximité des grandes villes des États-Unis ont été défectueux en raison d'erreurs de circuits électriques, créant l'illusion d'une attaque nucléaire. (...)

9 novembre 1979 

Un message d'erreur informatique au quartier général du NORAD a conduit au déclenchement d'une alarme et à la préparation complète contre une inexistante attaque soviétique à large échelle. Le NORADa prévenu le conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, que l'Union soviétique avait lancé 250 missiles balistiques vers les États-Unis, en indiquant que la décision de riposter devait être prise par le président dans les trois à sept minutes. Les ordinateurs du NORAD ont ensuite indiqué que le nombre de missiles lancés était de 2 200. Le SAC fut prévenu, les bombardiers nucléaires préparés au décollage et les équipes des missiles balistiques intercontinentaux furent placés en alerte. Dans les six à sept minutes de la réponse initiale, les systèmes de satellites et de radars ont été capables de confirmer que l'attaque était une fausse alerte. Il a été démontré qu'un scénario d’entraînement avait été chargé par inadvertance dans le système informatique opérationnel. (...)

26 septembre 1983


Il est minuit quinze quand Stanislav Petrov, l'officier de garde sur la base d'alerte stratégique de la force de défense anti-aérienne soviétique de Serpoukhov-15, à une centaine de kilomètres au sud de Moscou, reçoit une alerte sur son moniteur. Le système informatique de la base militaire russe vient de lui annoncer que cinq missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III viennent d'être envoyés depuis la Malmstrom Air Force Base, aux Etats-Unis. 
Stanislav Petrov n'a que quelques minutes pour prendre une décision. "J'avais toutes les données nécessaires. Si j'avais envoyé mon rapport à la chaîne de commande, personne n'aurait remis en question ce que je disais, avait-il raconté à la BBC. Tout ce que j'avais à faire était d'attraper le téléphone, de composer la ligne directe jusqu'au commandement - mais j'étais incapable de bouger. J'avais le sentiment d'être assis sur une poêle à frire brûlante."  
Le système d'alerte anti-missiles soviétique, Krokus, a beau affirmer que cinq missiles sont en chemin vers la Russie,
Stanislav Petrov analyse rapidement la situation : il estime que si les Etats-Unis attaquaient l'URSS, ils ne se contenteraient pas de cinq missiles mais lanceraient une attaque globale, avec toute la puissance de leur arsenal nucléaire. Il désobéit donc au protocole et informe ses supérieurs d'une fausse alerte. Son avis fait sens et aucune riposte soviétique n'est lancée.(...)

En novembre 1983 : un exercice trop réaliste

A peine trois mois plus tard,  du 7 au 11 novembre 1983, l'OTAN mène une série d'exercices militaires extrêmement réalistes : l'exercice Able Archer 83.  Durant la simulation, des nouvelles procédures de tir nucléaire sont mises en oeuvre et plusieurs milliers de soldats déployés. 

Selon un compte-rendu de l'exercice effectué en 1990 par le Conseil consultatif du renseignement étranger de la Maison-Blanche, déclassifié en 2015, le réalisme des exercices fut tel que "les Soviétiques menèrent des actions militaires et de renseignement qui n'avaient jusqu'ici été observées que durant de réelles crises". En réponse au déploiement de l'OTAN, les Soviétiques exécutèrent ainsi trente-six vols de renseignement afin de déterminer si les forces navales allaient appuyer ou non les troupes au sol. Ils transportèrent également des armes nucléaires depuis les sites de stockage jusqu'à leurs sites de lancement. Le rapport précise ainsi qu'il est possible que "les chefs militaires soviétiques aient été sérieusement préoccupés par l'idée qu'Able Archer 83 ait été un faux exercice, camouflant la préparation d'une véritable attaque".


L'escalade aurait pu continuer sans l'intervention d'un agent du
renseignement militaire américain : Leonard Perroots. Pendant les
exercices Able Archer 83, il remarque que les forces soviétiques augmentent leur propre niveau d'alerte, en réponse à l'exercice. Il choisit cependant de ne pas transmettre l'information et donc de ne pas faire relever le niveau d'alerte au niveau européen, ce qui aurait pu amener les Soviétiques à imaginer que l'exercice n'en était finalement pas un. (...)


25 janvier 1985

Le président russe, Boris Eltsine, est devenu le premier chef d'État au monde à activer une mallette de tir nucléaire après que les systèmes de radar russes aient détecté le lancement d'une Black Brant, fusée norvégienne de recherche pour étudier les aurores boréales. Les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins russes ont été mis en état d'alerte en prévision d'une possible frappe de représailles. Quand il est devenu clair que la fusée n'était pas une menace pour la Russie et ne faisait pas partie d'une vaste attaque, l'alarme a été annulée. La Russie avait été en fait l'un des pays précédemment informés du lancement ; toutefois, l'information n'avait pas atteint les opérateurs de radars russes. (...)

23 octobre 2010

Les commandants de la base de l'Armée de l'air américaine dans le Wyoming ont perdu la plupart des formes de commandement, de contrôle et de surveillance de la sécurité de plus de cinquante missiles balistiques nucléaires durant environ 45 minutes. Les missiles ont été mis hors ligne après que l'on ait soupçonné un problème matériel causant de multiples erreurs sur les ordinateurs de contrôle. Bien que des représentants de l'armée maintiennent que les missiles étaient restés sous contrôle et n'étaient pas exposés à des tentatives de prise de contrôle extérieur, l'ancien officier de lancement de l'Armée de l'air, Bruce G. Blair, a exprimé ses inquiétudes selon lesquelles, dans ce cas de figure, les missiles pourraient être vulnérables à des tentatives de lancement par des pirates informatiques ou des équipes de missiles corrompues. (...)


MENACE DE MISSILE BALISTIQUE SUR HAWAÏ. METTEZ-VOUS IMMÉDIATEMENT À L'ABRI. CECI N'EST PAS UN EXERCICE.
Le 13 janvier 2017, à Hawaï, ce message s'est affiché sur les écrans de smartphones. La cause ? Une erreur humaine : un fonctionnaire a cru qu'il s'agissait d'une réelle attaque, quand il ne s'agissait que d'un exercice.

https://www.franceculture.fr/histoire/crises-nucleaires-cinq-fois-ou-lhumanite-a-failli-disparaitre


https://fr.wikipedia.org/wiki/Attaque_nucléaire_évitée_de_justesse

vendredi 11 mai 2018

enuncombatdouteux : 10 ans de curation de contenu




La curation de contenu (étymologiquement du latin curare : prendre soin et de l'anglais content curation ou data curation) est un néologisme en français correspondant à une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du Web pour une requête ou un sujet donné. 

La curation est utilisée et revendiquée par des sites qui souhaitent offrir une plus grande visibilité et une meilleure lisibilité à des contenus (textes, documents, images, vidéos, sons…) qu'ils jugent utiles aux internautes et dont le partage peut les aider ou les intéresser.



132 LIVRES , 123 TEXTES et 48 DOCUMENTAIRES



Des visiteurs rares ( 100.000 pages vues en 10 ans ) mais de qualité...



J’ invite tous ceux qui ne le connaissent pas à aller faire un tour sur enuncombatdouteux.

 Chapeau pour le boulot !


merci, fallait

pfiou.

nan mais sans quelques blogueurs comme ça ( ok y' en a pas cinquante non plus ), je serais morte douze fois au moins.


merci.


saved my day once again.


t'a pas d'ange ma fille mais t'a deux trois gardiens du temple c'est déjà ça.


Vous m'avez parlé de votre blog ; idée originale que celle qui consiste à proposer des documents et des liens vers d'autres articles, pour nous permettre de piocher ça et là, de quoi nous rendre un peu plus ouvert à la complexité des êtres et du monde.
Merci 


condorcet64


"A voir ce que l'on fut sur Terre,
et ce qu'on laisse,

Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse..."

ALFRED DE VIGNY

              La qualité d'un homme se mesure à celle de ses choix. j'apprécie les vôtres...
              ST


MERCI.

ça fait des mois que ce blog est un puits de science de culture de ressources de lecture pour moi, je suis aux anges, nourrie, intéressée, emmenée vers autre chose à chaque article, c'est tellement rare...
merci, mille fois merci. 

Et aussi sur la référence en curation de
contenu  :  SEENTHIS

dimanche 6 mai 2018

William Eugene Smith

William Eugene Smith, est un photojournaliste américain, photographe de guerre pendant la Guerre du Pacifique. Sa rigueur et son exigence en ont fait un modèle pour des générations de photographes, attachés à la valeur du témoignage que permet la photographie. W. Eugene Smith était, au sens littéral du terme, ce que les Américains appellent un « concerned photographer », un photographe engagé, qui utilisait son appareil photographique comme une arme pour défendre ses idées. (...)



Smith est rapidement intégré au staff de Life qui l’engage pour réaliser deux reportages par mois. Il quitte le magazine en 1941, insatisfait de la routine qu’impose une publication régulière et devient photographe indépendant. Il jugera par la suite qu’il a mal utilisé sa liberté, produisant des photos montrant « une grande profondeur de champ mais une très faible sensibilité1. » Il travaille notamment pour le magazine Parade, reconnu pour la qualité de ses documents photographiques. Il est blessé par une explosion de dynamite lors d’une séance de photos de conditions de combats simulées. (...)



 Il quitte Ziff Davis parce qu’il s’aperçoit que près de la moitié de ses photos sont censurées. Il semble qu’il ait trop montré les souffrances des populations civiles. Il photographie aussi bien les combats que leurs conséquences sur la population japonaise ; c’est alors qu’il développe dans son travail le thème de la responsabilité sociale du reporter qui restera présent durant toute sa vie. Il a toujours voulu être au plus près de son sujet (selon son expression « sink into the heart of the picture » : plonger au cœur de l’image), et c’est ainsi qu’il est gravement blessé lors des combats à Okinawa le 22 mai 1945 et qu'il est rapatrié. (...)



 En 1961-1962, il fait un reportage de deux ans sur la firme Hitachi au Japon et, en 1971, il s’installe avec sa seconde épouse Eileen Mioko, également photographe, à Minamata, une petite ville du Japon, afin de suivre les effets de la pollution industrielle. Il y passe quatre ans dans le dénuement le plus complet. Victime de violences de la part d’employés de la firme Chisso, responsable de la pollution, il perd presque la vue et doit être rapatrié d’urgence aux États-Unis. La publication de 11 photos dans Life puis d’un livre sur le sujet ont un retentissement mondial. C'est au cours de ce reportage qu'il réalise la très célèbre photo Le Bain de Tomoko, devenue une icône du photojournalisme. (...)



 Sa volonté d’implication personnelle dans les sujets de ses reportages a révolutionné cette nouvelle forme de photojournalisme, pour l’époque, appelée « essai photographique ». Insistant sur la responsabilité sociale du photographe, il a développé tout au long de sa carrière une éthique à laquelle il s’est tenu sans dévier et est devenu un modèle pour beaucoup de reporters qui l’ont suivi.

En 1976, Smith dépose ses archives (11 tonnes !) à l'université d'Arizona, à Tucson, où il enseigne.

Il meurt d’un infarctus deux ans plus tard, avec 18 $ sur son compte en banque…

















vendredi 4 mai 2018

"on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux" par Albert Jacquard



actuellement le système des grandes écoles, le système de la compétition, ne fait que sélectionner les plus conformes, or on a besoin,… on entre dans un monde qui va se renouveler et plus on est conformiste, plus on est dangereux et par conséquent on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux, ceux qui ne seront pas capable d’imagination…


Pour devenir moi, j’ai besoin du regard de l’autre, j’ai besoin de tisser de liens avec lui. Dès que je suis en compétition avec lui, je ne tisse plus de liens; et par conséquent, je suis en train de me suicider.  C’est ça qu’on devrait nous dire : toute compétition est un suicide. 

Mais est-ce qu’il y aurait eu un « Albert Jacquard » sans compétition ?

Oh oui, il n’y aurait pas eu de polytechnicien, mais je n’y perdrais pas grand chose; bien sûr,  pour entrer à polytechnique, vous savez, ,on est quinze cents quandidats, il y a trois cents places, bon, il faut donc être dans les « meilleurs », comme on dit, mais ce que ça signifie « meilleurs »  ça signifie être capable de consacrer tout son intelligence à étudier des choses qui ne vous interesse pas, mais qui sont au programe et par conséquent , c’est faire vraiment acte de soumission, c’est faire preuve de conformisme et actuellement le système des grandes écoles, le système de la compétition, ne fait que sélectionner les plus conformes, or on a besoin,… on entre dans un monde qui va se renouveler et plus on est conformiste, plus on est dangereux et par conséquent on est en train de sélectionner les gens les plus dangereux, ceux qui ne seront pas capable d’imagination…(…)

Je croit qu’il nous faut extirper la notion de compétition, de toute la société et en particulier du système éducatif. Le pire de tout, c’est d’avoir fait des écoles, des lieux où on est en compétition, les uns contre les autres. (…)

Pour construire, il ne faut pas être  soumis

A vous entendre, la compétition qui régit aujourd’hui les rapports entre acteurs économiques et une grande partie des rapports humains, ne serait pas une bonne chose ?

« C’est une pure folie ! L’idée selon laquelle dans chaque secteur, dans chaque discipline, il faut qu’il y ait un premier, un deuxième et un troisième est une aberration. La compétition, c’est la volonté d’être meilleur qu’autrui, de le dépasser. Quitte à tout faire pour le détruire. Dans le domaine du sport, la compétition engendre le dopage, les pots-de-vin. Elle transforme des êtres humains en une nouvelle espèce, intermédiaire entre les humains et les monstres. Dans le domaine économique, elle génère les escroqueries, les actions malveillantes ou agressives entre sociétés concurrentes…Je suis absolument contre la compétition.(...)

Pour construire, il ne faut pas être  soumis.

https://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/albert-jacquard-je-suis-absolument-contre-la-competition-mais-pour-l-emulation_1374900.html

vendredi 20 avril 2018

" La cécité d'inattention " : Le test du gorille invisible




La cécité d'inattention (traduction la plus fréquente de l'expression anglaise Inattentional blindness) est le fait d'échouer à remarquer un stimulus pourtant parfaitement visible. Ce stimulus est généralement inattendu, mais il devrait cependant être perçu. 

Le phénomène se produit typiquement parce que trop d'éléments mobilisent déjà l'attention de l'observateur. De nombreuses expériences ont permis de mettre en évidence ce phénomène, qui a de nombreuses conséquences pratiques, en particulier dans le domaine de la sécurité routière.

Le test du gorille invisible

L'étude la plus connue démontrant la cécité d'inattention est l'épreuve du gorille invisible, qui fut menée par Daniel Simons, de l'université de l'Illinois, et par Christopher Chabris, de l'université Harvard. Au cours de cette étude, on demande à des sujets d'observer une courte vidéo durant laquelle deux équipes, portant des maillots noirs ou blancs, se livrent à des passes de basketball. Les sujets doivent compter les passes faites par une des équipes, ou encore distinguer le nombre de passes aériennes de celles comportant un rebond. 

Durant les échanges, une femme déguisée en gorille traverse la scène. Après qu'ils ont exécuté leur tâche, on demande aux sujets s'ils ont remarqué quelque chose sortant de l'ordinaire. Dans la plupart des groupes testés, 50 % des sujets n'ont pas remarqué le gorille. Cet échec est attribué à la mobilisation entière de l'attention à exécuter une tâche difficile, et indique que la relation entre les objets apparaissant dans le champ visuel et leur perception dépend de l'attention de façon bien plus importante qu'on ne l'estimait auparavant.

Cécité en dépit de la fixation du regard

Daniel Memmert a construit une expérience, basée sur le test du gorille invisible, montrant qu'il est possible de regarder directement un objet, et néanmoins de continuer à ne pas le percevoir.

Les participants étaient des enfants entre 7 et 8 ans. Un film montrant un match de basket leur était projeté sur un grand écran (3.2 m X 2.4 m) situé à 6 mètres d'eux ; la consigne était de ne regarder que les joueurs en maillot noir et de compter leurs passes. Durant la vidéo, un acteur en costume de gorille traversait la scène. Les saccades oculaires des participants étaient enregistrées, puis ils devaient répondre à un questionnaire.

Seuls 40 % des participants avaient remarqué le gorille, mais il n'y avait pas de différence significative dans la précision du compte des passes entre ceux qui l'avait remarqué et les autres. L'analyse des mouvements oculaires montra qu'il n'y avait pas non plus de différence dans le temps passé à regarder les joueurs (blancs ou noirs) entre les deux groupes. Cependant, les 60 % des participants n'ayant pas remarqué le gorille avait passé en moyenne 25 images (environ une seconde) à le fixer, bien qu'ils ne l'aient pas perçu.


vendredi 13 avril 2018

" De l'action directe " par Voltairine de Cleyre ( 1912 )



Toutes ces actions sont décrites dans nos manuels d’histoire, et aucun auteur ne les condamne, ou ne les regrette, bien qu’il se soit agi à chaque fois d’actions directes contre des autorités légalement constituées et contre le droit de propriété. 

Cependant, il arrive souvent que le progrès joue des tours à ceux qui se croient capables de lui fixer des bornes et des limites. Fréquemment des noms, des phrases, des devises, des mots d’ordre ont été retournés, détournés, inversés, déformés à la suite d’événements incontrôlables par ceux qui utilisaient ces expressions correctement ; et ceux qui persistaient à défendre leur interprétation, et insistaient pour qu’on les écoute, ont finalement découvert que la période où se développaient l’incompréhen­sion et les préjugés annonçait seulement une nouvelle étape de recherche et de com­préhension plus approfondie.

J’ai tendance à penser que c’est ce qui se passera avec le malentendu actuel con­cernant l’action directe. A travers la mécompréhension, ou la déformation délibérée, de certains journalistes de Los Angeles, à l’époque où les frères McNamara plaidèrent coupables, ce malentendu a soudain acquis, dans l’esprit de l’opinion, le sens d’ attaques violentes contre la vie et la propriété des personnes. De la part des journalistes, cela relevait soit d’une ignorance crasse, soit d’une malhonnêteté totale. Mais cela a poussé pas mal de gens à se demander ce qu’est vraiment l’action directe. (...)


En réalité, ceux qui la dénoncent avec autant de vigueur et de démesure dé­couvriront, s’ils réfléchissent un peu, qu’ils ont eux mêmes, à plusieurs reprises, pratiqué l’action directe, et qu’ils le feront encore.
Toute personne qui a pensé, ne serait­ ce qu’une fois dans sa vie, avoir le droit de protester, et a pris son courage à deux mains pour le faire ; toute personne qui a revendiqué un droit, seule ou avec d’autres, a pratiqué l’action directe. (...)


Toutes ces actions sont décrites dans nos manuels d’histoire, et aucun auteur ne les condamne, ou ne les regrette, bien qu’il se soit agi à chaque fois d’actions directes contre des autorités légalement constituées et contre le droit de propriété. Si je cite ces exemples et d’autres de même nature, c’est pour souligner deux points à l’intention de ceux qui répètent certains arguments comme des perroquets : premièrement, les hommes ont toujours eu recours à l’action directe ; et deuxièmement, ceux qui la condamnent aujourd’hui sont également ceux qui l’approuvent d’un point de vue his­torique.

George Washington dirigeait la Ligue des planteurs de Virginie contre les importa­tions ; un tribunal lui aurait certainement enjoint de ne pas créer une telle organisa­tion et, s’il avait insisté, il lui aurait infligé une amende pour offense à la Cour. (...)


Parmi les différentes expressions de la révolte directe mentionnons l’organisation du chemin de fer souterrain. La plupart de ceux qui y participèrent soutenaient les deux formes d’action (directe et politique) ; cependant, même si, en théorie, ils pen­saient que la majorité avait le droit d’édicter et d’appliquer des lois, ils n’y croyaient pas totalement. Mon grand­ père avait fait partie de ce réseau clandestin et aidé de nombreux esclaves à rejoindre le Canada. C’était un homme attaché aux règles, dans la plupart des domaines, même si j’ai souvent pensé qu’il respectait la loi parce qu’il avait rarement affaire à elle ; ayant toujours mené la vie d’un pionnier, la loi le touchait généralement d’assez loin, alors que l’action directe avait pour lui la valeur d’un impératif. Quoi qu’il en soit, et aussi légaliste fût­-il, il n’éprouvait aucun respect pour les lois esclavagistes, même si elles avaient été votées à une majorité de 500 pour cent. Et il violait consciemment toutes celles qui l’empêchaient d’agir. (...)


Malheureusement les grandes organisations paysannes ont gaspillé leur énergie en s’engageant dans une course stupide au pouvoir politique. Elles ont réussi à prendre le pouvoir dans certains États, mais les tribunaux ont déclaré que les lois votées n’étaient pas constitutionnelles, et toutes leurs conquêtes politiques ont été enterrées. A l’origine, leur programme visait à construire leurs propres silos, y stocker les produits et les tenir à l’écart du marché jusqu’à ce qu’ils puissent échapper aux spécu­lateurs. Ils voulaient aussi organiser des échanges de services et imprimer des billets de crédit pour les produits déposés afin de payer ces échanges. Si ce programme d’aide mutuelle directe avait fonctionné, il aurait montré, dans une certaine mesure, au moins pendant un temps, comment l’humanité peut se libérer du parasitisme des banquiers et des intermédiaires. (...)


Les patrons savent qu’ils peuvent gagner contre les grévistes, mais ils ont ter­riblement peur que leur production s’interrompe. Par contre, ils ne craignent nulle­ment un vote qui exprimerait la conscience de classe des électeurs ; à l’atelier, vous pouvez discuter du socialisme, ou de n’importe quel autre programme ; mais le jour où vous commencez à parler de syndicalisme, attendez­ vous à perdre votre travail ou au moins à ce que l’on vous menace et que l’on vous ordonne de vous taire. Pour­quoi ? Le patron se moque de savoir que l’action politique n’est qu’une impasse où s’égare l’ouvrier, et que le socialisme politique est en train de devenir un mouvement petit­ bourgeois. Il est persuadé que le socialisme est une très mauvaise chose — mais il sait aussi que celui­ ci ne s’instaurera pas demain. Par contre, si tous ses ouvriers se syndiquent, il sera immédiatement menacé. Son personnel aura l’es­prit rebelle, il devra dépenser de l’argent pour améliorer les conditions de travail, il sera obligé de garder des gens qu’il n’aime pas et, en cas de grève, ses machines ou ses locaux seront peut­ être endommagés. (...)


Presque toutes les lois originellement conçues pour le bénéfice des ouvriers sont devenues une arme entre les mains de leurs ennemis, ou bien sont restées lettre morte, sauf lorsque le prolétariat et ces organisations ont imposé directement leur application. En fin de compte, c’est toujours l’action directe qui a le rôle moteur. Prenons par exemple la loi antitrusts censée bénéficier au peuple en général et à la classe ouvrière en particulier. Il y environ deux semaines, 250 dirigeants syndicaux ont été cités en justice. La compagnie de chemins de fer Illinois Central les accusait en effet d’avoir formé un trust en déclenchant une grève ! (...)


Contre une véritable grève générale, l’armée ne peut rien. Oh, bien sûr, si vous avez un so­cialiste dans le genre d’Aristide Briand au pouvoir, il sera prêt à déclarer que les ouvri­ers sont tous des serviteurs de l’Etat et à essayer de les faire travailler contre leurs propres intérêts. Mais contre le solide mur d’une masse d’ouvriers immobiles, même un Briand se cassera les dents.

En attendant, tant que la classe ouvrière internationale ne se réveillera pas, la guerre so­ciale se poursuivra, malgré toutes les déclarations hystériques de tous ces individus bien in­tentionnés qui ne comprennent pas que les nécessités de la Vie puissent s’exprimer; malgré la peur de tous ces dirigeants timorés; malgré toutes les revanches que prendront les réac­tionnaires ; malgré tous les bénéfices matériels que les politiciens retirent d’une telle situation. Cette guerre de classe se poursuivra parce que la Vie crie son besoin d’exister, qu’elle étouffe dans le carcan de la Propriété, et qu’elle ne se soumet pas.

Et que la Vie ne se soumettra pas.

Cette lutte durera tant que l’humanité ne se libérera pas elle­ même pour chanter l’Hymne à l’Homme de Swinburne :

«Gloire à l’Homme dans ses plus beaux exploits Car il est le maître de toutes choses.»

Voltairine de Cleyre



https://infokiosques.net/IMG/pdf/De_laction_directe-fil_A4.pdf

mardi 10 avril 2018

" Supplément au Voyage de Bougainville " par Denis Diderot (1772)



Je ne parcourrai point toutes les contrées de l’univers ; mais je vous avertis seulement que vous ne trouverez la condition de l’homme heureuse que dans Taïti, et supportable que dans un recoin de l’Europe. Là, des maîtres ombrageux et jaloux de leur sécurité se sont occupés à le tenir dans ce que vous appelez l’abrutissement.





Puis s’adressant à Bougainville, il ajouta : « Et toi, chef des brigands qui t’obéissent, écarte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire à notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tenté d’effacer de nos âmes son caractère. Ici tout est à tous ; et tu nous as prêché je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partagé ce privilège avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu féroce entre les leurs. Elles ont commencé à se haïr ; vous vous êtes égorgés pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voilà que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n’es ni un dieu, ni un démon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? 

Orou ! toi qui entends la langue de ces hommes-Là, dis-nous à tous, comme tu me l’as dit à moi, ce qu’ils ont écrit sur cette lame de métal : Ce pays est à nous. Ce pays est à toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Taïtien débarquait un jour sur vos côtes, et qu’il gravât sur une de vos pierres ou sur l’écorce d’un de vos arbres : Ce pays appartient aux habitants de Taïti, qu’en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu’est-ce que cela fait ? Lorsqu’on t’a enlevé une des méprisables bagatelles dont ton bâtiment est rempli, tu t’es récrié, tu t’es vengé ; et dans le même instant tu as projeté au fond de ton cœur le vol de toute une contrée ! Tu n’es pas esclave : tu souffrirais la mort plutôt que de l’être, et tu veux nous asservir !

Orou répliqua :

  Les mœurs de Taïti sont-elles meilleures ou plus mauvaises que les vôtres ? c’est une question facile à décider. La terre où tu es né a-t-elle plus d’hommes qu’elle n’en peut nourrir ? en ce cas tes mœurs ne sont ni pires, ni meilleures que les nôtres. En peut-elle nourrir plus qu’elle n’en a ? nos mœurs sont meilleures que les tiennes. (…)


A. Mais comment est-il arrivé qu’un acte dont le but est si solennel, et auquel la nature nous invite par l’attrait le plus puissant ; que le plus grand, le plus doux, le plus innocent des plaisirs soit devenu la source la plus féconde de notre dépravation et de nos maux ?

B. Orou l’a fait entendre dix fois à l’aumônier : écoutez-le donc encore, et tâchez de le retenir.

C’est par la tyrannie de l’homme, qui a converti la possession de la femme en une propriété.
Par les mœurs et les usages, qui ont surchargé de conditions l’union conjugale.
Par les lois civiles, qui ont assujetti le mariage à une infinité de formalités.
Par la nature de notre société, où la diversité des fortunes et des rangs a institué des convenances et des disconvenances.
Par une contradiction bizarre et commune à toutes les sociétés subsistantes, où la naissance d’un enfant, toujours regardée comme un accroissement de richesses pour la nation, est plus souvent et plus sûrement encore un accroissement d’indigence dans la famille.
Par les vues politiques des souverains, qui ont tout rapporté à leur intérêt et à leur sécurité.
Par les institutions religieuses, qui ont attaché les noms de vices et de vertus à des actions qui n’étaient susceptibles d’aucune moralité. (…)

 A. Que le code des nations serait court, si on le conformait rigoureusement à celui de la nature ! combien d’erreurs et de vices épargnés à l’homme !

B. Voulez-vous savoir l’histoire abrégée de presque toute notre misère ? La voici. Il existait un homme naturel : on a introduit au dedans de cet homme un homme artificiel ; et il s’est élevé dans la caverne une guerre civile qui dure toute la vie. Tantôt l’homme naturel est le plus fort ; tantôt il est terrassé par l’homme moral et artificiel ; et, dans l’un et l’autre cas, le triste monstre est tiraillé, tenaillé, tourmenté, étendu sur la roue ; sans cesse gémissant, sans cesse malheureux, soit qu’un faux enthousiasme de gloire le transporte et l’enivre, ou qu’une fausse ignominie le courbe et l’abatte. Cependant il est des circonstances extrêmes qui ramènent l’homme à sa première simplicité.

A. La misère et la maladie, deux grands exorcistes.

B. Vous les avez nommés. En effet, que deviennent alors toutes ces vertus conventionnelles ? Dans la misère, l’homme est sans remords ; et dans la maladie, la femme est sans pudeur.

A. Je l’ai remarqué.

B. Mais un autre phénomène qui ne vous aura pas échappé davantage, c’est que le retour de l’homme artificiel et moral suit pas à pas les progrès de l’état de maladie à l’état de convalescence et de l’état de convalescence à l’état de santé. Le moment où l’infirmité cesse est celui où la guerre intestine recommence, et presque toujours avec désavantage pour l’intrus.

A. Il est vrai. J’ai moi-même éprouvé que l’homme naturel avait dans la convalescence une vigueur funeste pour l’homme artificiel et moral. Mais enfin, dites-moi, faut-il civiliser l’homme, ou l’abandonner à son instinct ?

B. Faut-il vous répondre net ?

A. Sans doute.

B. Si vous vous proposez d’en être le tyran, civilisez-le ; empoisonnez-le de votre mieux d’une morale contraire à la nature ; faites-lui des entraves de toute espèce ; embarrassez ses mouvements de mille obstacles ; attachez-lui des fantômes qui l’effraient ; éternisez la guerre dans la caverne, et que l’homme naturel y soit toujours enchaîné sous les pieds de l’homme moral. Le voulez-vous heureux et libre ? ne vous mêlez pas de ses affaires : assez d’incidents imprévus le conduiront à la lumière et à la dépravation ; et demeurez à jamais convaincu que ce n’est pas pour vous, mais pour eux, que ces sages législateurs vous ont pétri et maniéré comme vous l’êtes. J’en appelle à toutes les institutions politiques, civiles et religieuses : examinez-les profondément ; et je me trompe fort, ou vous y verrez l’espèce humaine pliée de siècle en siècle au joug qu’une poignée de fripons se promettait de lui imposer. Méfiez-vous de celui qui veut mettre de l’ordre. Ordonner, c’est toujours se rendre le maître des autres en les gênant : et les Calabrais sont presque les seuls à qui la flatterie des législateurs n’en ait point encore imposé.

A. Et cette anarchie de la Calabre vous plaît ?

B. J’en appelle à l’expérience ; et je gage que leur barbarie est moins vicieuse que notre urbanité. Combien de petites scélératesses compensent ici l’atrocité de quelques grands crimes dont on fait tant de bruit ! Je considère les hommes non civilisés comme une multitude de ressorts épars et isolés. Sans doute, s’il arrivait à quelques-uns de ces ressorts de se choquer, l’un ou l’autre, ou tous les deux, se briseraient. Pour obvier à cet inconvénient, un individu d’une sagesse profonde et d’un génie sublime rassembla ces ressorts et en composa une machine, et dans cette machine appelée société, tous les ressorts furent rendus agissants, réagissants les uns contre les autres, sans cesse fatigués ; et il s’en rompit plus dans un jour, sous l’état de législation, qu’il ne s’en rompait en un an sous l’anarchie de nature. Mais quel fracas ! quel ravage ! quelle énorme destruction des petits ressorts, lorsque deux, trois, quatre de ces énormes machines vinrent à se heurter avec violence ! (...)

B. Et si la durée d’une machine n’est pas une juste mesure de son plus ou moins de fatigue, qu’en concluez-vous ?

A. Je vois qu’à tout prendre, vous inclineriez à croire les hommes d’autant plus méchants et plus malheureux qu’ils sont plus civilisés ?

B. Je ne parcourrai point toutes les contrées de l’univers ; mais je vous avertis seulement que vous ne trouverez la condition de l’homme heureuse que dans Taïti, et supportable que dans un recoin de l’Europe. Là, des maîtres ombrageux et jaloux de leur sécurité se sont occupés à le tenir dans ce que vous appelez l’abrutissement.




https://fr.wikisource.org/wiki/Supplément_au_voyage_de_Bougainville
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